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 [Début Août 550] Profond désintérêt pour la Vie [PV Uranie]

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Message [Début Août 550] Profond désintérêt pour la Vie [PV Uranie]   Mer 21 Sep - 22:42
Dédain








« Hm... »

Soupira la vieille Prêtresse qui était en charge de veiller aux bons soins de la prisonnière. Le plateau qu'elle lui avait confectionné, plein de victuailles, avait été une fois encore dédaigné. Son regard, légèrement ennuyé, se posa alors sur la silhouette recroquevillée dans un coin, avalée toute entière par les ténèbres qu'elle ne quittait plus. La dame au visage marqué par des rides profondes et sinueuses s'approcha de la Sirène Maléfique et remarqua aussitôt qu'elle paraissait lutter contre quelque chose. Elle l'aida, tout en douceur, à s'asseoir et quand son visage fut frappé par un rayon de lumière, la suivante d'Athéna eut la mauvaise surprise de constater à quel point elle était pâle. Aussi blême que la mort. Sa main se porta sur son front qu'elle trouva un peu chaud, début d'une fièvre, d'une affliction dont elle ne devinait pas encore la nature.

« Eh bien ma fille, nous voilà bien. »

Le Sanctuaire me tue.

C'était l'unique pensée qui la harassait depuis son enfermement. La seule qui la quittait quand enfin elle parvenait jusqu'aux portes du royaume des songes. Très vite chassée, la belle se réveillait à chaque fois avec un cri coincé dans la gorge, le cœur battant et les yeux grands écarquillés. Toujours ce même cauchemar. Ses mains souillées par le sang de son ami. Oh, non, il était bien plus que cela, il était de sa famille, l'époux de Satine. Sa petite-fille. Et elle l'avait tué. Assassin. Alors chaque matin elle se réveillait avec les yeux rougis, les lèvres toutes abîmées à force de les mordre, de retenir ses larmes. En vain. Une envie de vomir, quelques vertiges associés à des migraines. Ces symptômes, pour Nimuë, pouvait indiquer tout et rien. Mais la pirate était trop plongée dans son mutisme et dans cette forme d'abattement pour s'en préoccuper. Elle ne le voulait pas. C'était si peu de chose.

J'ai tué Orion.

Ce constat était plus que pénible et revenait avec force comme une odieuse ritournelle dont elle ne parvenait plus à se débarrasser. Son esprit était tourmenté et maintenant que le Lion d'Or était loin, partit en mission dans le grand Nord, il ne lui restait plus grand-chose. Si ce n'est l'anneau dont il lui avait fait cadeau et qu'elle gardait toujours dans la paume de sa main, serrée jusqu'à ce que ses doigts ne soient plus que des nœuds de phalanges blanchies.

« Bois un peu, au moins. »

Nimuë tourna la tête sur le côté quand la vieille lui présenta de l'eau, refusant obstinément de s'alimenter et de s'hydrater. À force, les atlantes ne récupéreraient par leur Sirène vivante. Surtout si elle ne coopérait pas. Au moins un peu. Mais la belle refusait toute aide, fuyait chaque fois que la Prêtresse essayait de l'approcher. Comme un animal sauvage, elle montrait les dents, reculait toujours plus craintivement.

« J'abandonne ma fille, tu es plus têtue qu'une mule. » Un énième soupir trouva la sortie de la gorge de la dame qui rassembla ses affaires. « Je vais revenir avec quelques plantes et remèdes ! Je te préviens, tu as intérêt à te montrer plus coopérative jeune fille. »

Toujours aucunes réponses. Pas un mot, un seul. C'en était presque décourageant mais la Prêtresse ne s'avouait pas vaincue pour autant. Elle aussi était du genre persévérante et elle estimait que c'était dans son devoir de lui assurer un minimum de confort et surtout, la santé. Les enjeux étaient grands, de ce qu'elle avait compris. Les rumeurs restaient des rumeurs mais il y avait toujours un fond de vérité. À elle de prêcher le vrai du faux. Mais bon, comme elle ne parvenait pas à lui arracher la moindre parole… Soudain, alors qu'elle venait de refermer la porte de la cellule, la vieille crut discerner une ombre approcher.

« Ah, t'as de la visite ma p'tite. Bonjour, Sainte, qu'importe le motif de votre visite, je vous souhaite bien du courage avec elle. Elle n'est pas de très bonne compagnie. Si vous avez besoin de moi… vous n'aurez qu'à m'appeler. »

Elle se retira en maugréant des propos incompréhensibles. Silence.





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Message Re: [Début Août 550] Profond désintérêt pour la Vie [PV Uranie]   Mer 21 Sep - 22:51
Spoiler:
 

Début Août 550
Profond désintérêt pour la Vie

    Il y avait une ombre étrange pour planer sur le Sanctuaire. Armée de la sensibilité aux choses qu'on lui connaît, douée de ce qui apparaissait comme de surnaturelles intuitions et était en réalité la finesse de décryptage de son cosmos, Uranie percevait depuis quelques jours comme des interférences dans la trame spirituelle du domaine d'Athéna. Cela survenait, dans l'esprit de la nymphe, sous la forme de fugaces clignements à la périphérie de son champ de vision, ou encore comme un inexplicable malaise pesant sans raison sur sa nuque lorsqu'elle passait devant la demeure du Sagittaire.

    La Sainte n'était pas de ceux qui demandent avant d'avoir cherché, d'autant plus qu'elle adorait explorer par ses propres moyens, si particuliers, ce nouveau monde s'offrant à sa condition d'éveillée. Nouvelle venue en ce domaine, on ne s'étonnait plus de la voir aller et venir en des endroits parfois incongrus, le chevalier d'or ayant eu malgré son arrivée récente largement le temps de montrer aux autres résidents qu'elle était de nature pour le moins curieuse. Qu'elle fasse des allers et retours puis détours n'était plus si étonnant que ça, aussi personne ne l'interrogea lorsqu'elle sillonna le fief de la déesse pendant toute la journée de ce début de mois d'août.

    Uranie cherchait ce qui la dérangeait à ce point, son cosmos se déployant un peu plus à chaque heure passant à la manière d'une corolle sous les doigts roses de l'aube. Celui-ci s'imprégnait des lieux et des événements, de ce que la nymphe appelait si mystérieusement, bien que la chose lui parut entendue et naturelle, la mémoire des étoiles. Si dans les premiers temps on eût pu songer qu'elle divaguait, il était devenu difficile de douter des surprenantes capacités de déduction de la Sainte, laquelle faisait parfois mention de choses qu'elle n'aurait normalement pas pu être en mesure de savoir sans qu'on l'en renseigne.

    Et personne ne s'en chargeait, puisque nous l'avons dit, Uranie se passait généralement de poser des questions. Elle trouvait la réponse, aussi sûrement qu'inexplicablement.

    Le processus pouvait toutefois prendre du temps, comme le jour présent. À l'évidence, interlocutrice privilégiée des étoiles ou pas, on la devinait sans peine en butte à un problème. Il suffisait d'en juger à l'acharnement qu'elle mettait à disperser son énergie aux quatre vents - si d'ordinaire elle était discrète à ce jeu-là, le chevalier y mettait cette fois tant d'ardeur que le moindre éveillé pouvait sans peine remarquer son manège. C'était comme si un véritable motif spirituel la prenait pour cœur et s'étendait, inquisiteur, de plus en plus loin et de plus en plus pressant. Elle cherchait la raison du trouble qu'elle percevait confusément, prenant la mesure des cosmos alentours à la manière d'un enquêteur étudiant le ton de voix des accusés.

    Qu'elle ne trouvât pas facilement ne la rendait que plus tenace et insistante, têtue, voire obnubilée. Les quelques-uns qui eurent cherché à l'interpeller se seraient heurtés à une royale indifférence, véritable, car la Sainte ne les remarquait pour ainsi dire pas - elle était encore trop polie et convenue pour ignorer les gens, marque de son passé d'humble fille de pêcheurs.
    C'est alors que le début de l'après-midi était bien amorcé qu'Uranie eu comme un éclair dans le reflet d'écume de son regard. Sa figure masquée d'or se tourna en direction des prisons du Sanctuaire : elle n'avait pas trouvé ce qui produisait cette inexplicable dissonance dans son ouïe spirituelle, mais en revanche, la Sainte avait perçu... comme une absence, comme une tache sur une toile de lumière. Il y avait, quelque part dans le tableau que dressaient ses sens exacerbés, un petit bout de néant qui aurait dû être rempli. Le néant, pensait-elle, c'était bien la preuve qu'il y avait quelque chose.

    Dans ses pensées, cela faisait parfaitement sens.

    Alors elle prit la direction des geôles d'Athéna, qu'elle découvrait par la même occasion. Elle n'y croisa, chemin faisant, que les prêtresses de la déesse : elle supposa à raison que celles-ci avaient la charge des prisonniers, se demandant fugitivement s'il y en avait beaucoup et souvent. Son exploration discrète des lieux, d'une démarche effacée et rapide, lui apprit que non. D'ailleurs, en réalité, il n'y avait a priori qu'un seul occupant.

    Ou une seule, plutôt.

    Résidente malgré elle d'une alcôve aménagée à même la roche bordant la mer, taillée dans la falaise, elle apparut sans conteste au regard de la jeune femme comme la responsable du trouble pesant sur le Sanctuaire. Une servante quelque peu âgée lui adressa des recommandations auxquelles la blonde guerrière acquiesça si machinalement qu'on pouvait raisonnablement douter qu'elle les ai écoutées. C'était parce que déjà, son attention était tournée vers un autre discours.
    Il y avait, dans la mémoire des étoiles, des cris d'amour et des cris de douleur, des cris de défi et des cris d'accusation. La figure perplexe cachée par son masque de métal, Uranie se tenait devant les barreaux interdisant à la prisonnière mal en point de sortir de sa cage. La Sainte pencha la tête sur le côté, à la manière d'un animal qui écoute ; dans le même temps, son cosmos enflait doucement et donnait l'impression de s'éparpiller au plus loin qu'il était possible tandis que la prêtresse vidait les lieux sur un grommèlement inaudible.

    « Je ne comprends pas... »
    murmura l'arrivante de sa voix diaphane, pareille au toucher évanescent d'un lambeau de brume. Il n'était pas aisé de déterminer si elle s'adressait bien à la rouquine séquestrée. « C'est trop confus et trop profond. »

    La nymphe s'aperçut bien vite que les sceaux égaillant les niches creusées dans la pierre privaient les détenus de leur pouvoir. Sans gêne ni brutalité, mais plutôt avec une parfaite neutralité, Uranie cerna sa vis-à-vis de son aura interrogatrice. Son cosmos était comparable à un tâtonnement d'aveugle, délicat quoique dépourvu de pudeur, se voulant tout découvrir et tout respecter. Les étoiles contemplaient absolument tout ce que ce monde portait, en bien comme en mal, en beau comme en laid : la Sainte se voulait les imiter.

    Son visage d'or se redressa et ses iris clairs cherchèrent ceux de la prisonnière, hésitant entre l'azur et le marin.

    « Mais qui êtes-vous ? »

    La question sonna étrangement dans sa bouche. Elle semblait vouloir impliquer davantage que ce qu'on demandait généralement avec ces mots, les paroles recouvrant un sens sibyllin malaisé à discerner. Par ailleurs, le chevalier ne s'encombrait manifestement pas d'entrée en matière ni de présentation, se contentant d'exprimer, un peu naïvement ou de façon enfantine, ce qu'il lui fallait et puis baste.

    Et s'attendant ingénument à ce qu'on lui réponde.
    Pourtant, sous ces dehors incongrus, on pouvait lire dans les mirettes crème d'Uranie une sagesse certaine. Une paix sérénissime.





« Je me suis allongée, delà le firmament
Abreuvée par la mémoire de chaque étoile
Balayant des forêts les arbres des mers les voiles
J'ai vécu par la pensée, assez pour cent ans. »

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Message Re: [Début Août 550] Profond désintérêt pour la Vie [PV Uranie]   Jeu 22 Sep - 20:51
Personne et multiple







Incompréhension. Confusion et profondeur. Autant de mots qui entraient en résonance avec elle. Le silence imposé. Un éclat doré avait accroché son œil, si bien qu'elle brisa sa posture prostrée pour délier ses bras, ses jambes. Se redresser avec une lenteur calculée, une main portée contre sa bouche, l'autre enroulant son flanc. Seules l'oriflamme de sa chevelure ainsi que la pâleur de sa peau, tranchaient dans l'obscurité. Ses yeux pers étaient éteins, dénaturés. N'y résidait plus cette flamme sauvage et farouche qui les habillait d'ordinaire. Libre, la pirate ne l'était plus. Qui était-elle ? La question la laissa toute pantoise et perplexe. L'atlante fit un pas dans la lumière pour se découvrir totalement, avant de se figer, telle une statue de marbre blanc.

Je ne suis personne.

Avait-elle répondu par la pensée, oubliant que ses pouvoirs n'existaient plus en ces lieux. Un soupir s'envola hors de ses lèvres quand elle se souvint de ce fait. Silence imposé. Nimuë secoua sa tête de droite à gauche en signe de lassitude.

Je suis un assassin, voilà ce que je suis. L'Enfant-Hermite.

La lumière du jour traversait timidement les lieux et l'attention de la belle se porta ailleurs. Là au creux de sa paume reposait un anneau d'or. Celui offert par Childéric du Lion et qu'elle ne quittait plus. À cette heure il devait être déjà loin, à arpenter des chemins bien escarpés, à évoluer dans la neige et le froid. Oh comme la jeune femme aurait aimé le rejoindre comme cela était prévu. Mais la tempête avait tout balayé. Son pressentiment s'était avéré juste et bien pire tout à la fois. Emportée par une violente vague, les fantômes de son passé avaient ressurgit pour l'entraîner dans les ténèbres.

Je suis Celle-qui-annonce-la-venue-de-la-Mort.

Voilà ce qu'elle représentait en tant que soldat. Fière marina. Si elle avait pu rire, la jeune femme se serait moquée d'elle-même. Rester debout la fatiguait. Elle ne comprenait pas bien d'où lui venait cette faiblesse du corps. Celle de l'esprit était aisément identifiable par elle et par les autres mais cette brutale affliction, la Capitaine du « Blodyn a'r Ddraenen » ne se l'expliquait pas. Occultait de toute façon tout ceci.

Je suis une enfant de la Mer.

Ses prunelles voilées par la tristesse s'étaient envolées vers le dehors. Perdue dans sa contemplation, elle s'imaginait capable de partir ailleurs, de s'envoler pour rejoindre les récifs. Sentir les embruns sur ses joues fiévreuses. Un instant elle détailla les cieux, détailla un pan de ciel, là où aurait pu briller son ancienne constellation.

J'étais les Poissons qui naviguaient entre deux royaumes. Mais ce voyage-là, je continue de le faire, jour après jour. L'ancien Pope Bélisaire avait raison. Je suis née fille de l'eau mais je suis aussi enchaînée par le fils de la terre.

C'était de nouveau à Childéric qu'elle songeait. Entre Terre et Mer. Si l'image pouvait être belle, ce n'était pas très glorieux, au final. Nimuë O'Bannon contemplait ses mains, celles qui avaient commis l'outrage. Elle trembla en les imaginant encore couvertes du sang d'Orion.

Je ne veux être personne.


Péniblement ses pas la portèrent vers les barreaux de sa cage. Ses doigts s'enroulèrent autour de ces derniers en un léger bruit du métal contre le métal quand l'or de la bague frôla cette dureté froide. Et il y avait ce masque que la Sainte arborait. Elle eut alors l'impression de se retrouver devant un miroir.

Sans s'en rendre compte sa main s'était levée vers l'inconnue.





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Dernière édition par Nimuë le Jeu 22 Sep - 23:47, édité 1 fois
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Message Re: [Début Août 550] Profond désintérêt pour la Vie [PV Uranie]   Jeu 22 Sep - 23:29
Début Août 550
Profond désintérêt pour la Vie

    La bague d'or se heurta à la vue de la Sainte, dont si les traits frémirent, le visage de métal quant à lui conserva son impassibilité sévère. Ses yeux soulignés de cendres étudiaient le bijou que le geste de la prisonnière mettait à la timide lumière du jour.

    Au regard de tout un chacun, il s'agissait d'une orfèvrerie. À celui de la nymphe, c'était bien plus que ça...

    C'était une preuve, un acte mû d'une volonté rugissante, la conséquence symptomatique de la façon dont les fils de plusieurs destinées s'étaient vus entremêlées par les mains habiles des tisseuses. Ses pupilles se rétrécirent presque à en disparaître, éclairant ses iris déjà bien pâles d'un voile d'argent : lentement, les doigts tremblants d'une émotion contenue appartenant au domaine de la curiosité, Uranie leva sa main à l'encontre de celle de la geôlière.

    « Laissez-moi voir... Je veux discerner le motif qu'elles ont filé pour vous... »

    Elle chuchotait, inspirée par quelque rumeur audible d'elle seule, scrutant l'atlante avec une rare intensité. Si le cosmos avait été une véritable lumière, alors nul doute qu'en cet instant présent la servante d'Athéna eût rayonné comme l'aurore tant elle manigançait quelque artifice de son crû.
    Présente, et pourtant la voilà qui s'élevait dans son âme. D'une poussée de la pensée, Uranie s'en allait à l'encontre des lointaines étoiles dont elle était l'interlocutrice, l'esprit plein de pourquoi et de comment. En quête d'une lanterne qui l'aiderait à comprendre les choses passées liées à cette femme, à cette bague... En quête de savoir et d'explications.

    Au devant de cette cellule dans la falaise, le chevalier d'or se tenait immobile ; mais dans ses réflexions, des idées inhumaines s'imprimaient à la manière d'un fer rouge sur la chair. Jamais elle n'avait à ce point sollicité la mémoire de l'empyrée, ayant la sensation que des milliers d'éclairs dépeignant diverses scènes révolues, survenues partout dans la région, tonnaient juste contre ses prunelles. Elle n'en cherchait jamais que quelques-unes, mais c'était une tâche semblable à vouloir recueillir avec les mains les gouttes les plus douces d'un torrent en furie.

    Aveuglée de trop voir, la Sainte cligna des paupières et étreignit avec une force de démente les doigts de la rouquine. Ses lèvres frémissantes derrière la bouche close de métal s'entrouvrirent et, d'un ton rauque voire cassé, elle mit en bouquets de paroles les touffues ronces mémorielles pleuvant en son âme.

    « La Mort a été terrassée pour un temps seulement. Mais ce n'était déjà plus la Mort : d'aucuns auraient dû avoir foi en le jugement d'Athéna. »

    Ses mains jointes sur celle de sa vis-à-vis resserrèrent encore leur étau écrasant. Ses paumes étaient tout à la fois moites et glacées.

    « Les tragédies ont l'art de projeter une grande lumière sur la scène du monde : les spectateurs tournent leur regard dans sa direction... Il n'y a pas de meilleure cachette pour vos ennemis que les ombres ainsi projetées. Comprenez-vous ? »

    La Sainte ne s'exprimait pas si volontairement qu'on aurait pu le supposer. Ses mots étaient forcés, simplement descriptifs des surnaturelles certitudes s'étant inscrites en elle.
    Une fine transpiration perlait dans les boucles dorées de sa crinière.

    « Laisse la pluie emporter les jours passés... Où iras-tu maintenant si tu n'as plus de demeure ? » Passant au tutoiement sans transition aucune, elle poursuivit en perdant son souffle : « Toi la sirène prise entre terre et mer... »

    Sa dernière assertion revêtit une infime tonalité moqueuse, pourtant si étrangère à la voix d'Uranie qu'un témoin attentif aurait pu douter qu'elle provenait bien de la blonde.
    Et son cosmos se rétracta, corolle d'une fleur aux racines tranchées. Lâchant la captive, s'éloignant des barreaux comme s'ils la brûlaient, la nymphe posa l'épaule contre la paroi de pierre taillée en respirant rapidement. Au bout de plusieurs instants, elle ôta son masque afin de révéler son visage luisant de sueur. L'effort, quel qu'ai été sa nature précise, lui avait coûté plus qu'il n'était raisonnable.

    Elle détaillait l'atlante de manière désormais différente, plus sagace et avertie.

    « Comme les tisseuses ont dû être inspirées lorsqu'elles échaudèrent le modèle de votre destinée ! Nous n'avons d'autre choix que de nous plier au motif qu'elles nous réservent : ne les froissez pas en vous rompant alors que leur tapisserie n'est pas achevée. »

    Elle conclut péniblement, se redressant avec un léger vertige. Replaçant contre ses traits sa sempiternelle figure d'ambre poli, le chevalier s'éloigna d'une démarche mal assurée.

    Le long du vestibule résonna son au revoir.

    « Je vous reverrai demain, quand le soleil tendra ses rayons jusqu'à votre seuil. »





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Message Re: [Début Août 550] Profond désintérêt pour la Vie [PV Uranie]   Sam 24 Sep - 10:54
Prophétie







Ah les Moires étaient joueuses, les Parques étaient bien au dessus des Lois du Monde, tout là-haut où même les Dieux avaient du mal à les discerner. Les Tisseuses. Nimuë croyait en elles, comme elle les détestait en un sens. Toute sa vie et sa vie future serait marquée par les entrelacs de leurs fils. D'or, de feu ou d'éternité. Oui, leur plan pour elle était en cours, et le serait bien des siècles après. Mais au moins avait-elle un avantage sur tous les autres, celui de connaître au moins un peu, ce qu'il y avait sous le voile des Trois. Sorcière Bleue au service d'Amphitrite, c'était ce qu'elles désiraient pour elle, ce qu'on lui imposait. Le désirait-elle ? Les doigts de la Sainte contre les siens, la force que la pirate ressentit tout à coup la fit frémir. Si elle avait voulu s'échapper à cette étreinte, Nimuë ne le put tout simplement pas. Happée par une force rare, sibylline. Elle ne saurait lutter. Encore. Alors un profond sentiment de colère et de frustration mêlés grandit en son cœur emprisonné.

L'atlante regardait son vis-à-vis sans comprendre, son visage se parant de surprise, mettant de côté les noirs sentiments. Ils n'avaient pas leur place. La curiosité comme bien souvent avec la pirate, prenait le pas sur tout le reste. C'était déjà une petite victoire en soi. Cette femme était intrigante, elle capta sans véritablement le pouvoir, une note d'étrangeté propre aux oracles. Une voyante, un peu comme Endymion ? Non, le liseur de cartes ne possédait pas un tel pouvoir. Écrasée, elle ne sourcillait toujours pas, luttait, comme elle avait lutté, repoussée au fond de sa propre psyché quand son ancien maître avait pris le contrôle sur sa personne. Le regard vide de la belle devint dur. Un bref instant qui ne dura qu'un souffle, elle était revenue parmi les vivants et brûlait de cette indignation. Sirène en cage.

Prophétie ? Non, des faits. Des vérités que je ne veux pas entendre. Orion partagerait ces idées. Mais je ne veux pas entrer dans la lumière. Pas maintenant. Pas comme ça.


Pourtant elle hocha de la tête quand la Sainte lui demanda si elle avait compris. La Sirène jaugeait la jeune femme, la sentait défaillir un instant. Ses mains à elle se raccrochèrent plus fortement, comme pour la soutenir. Un élan de ce qu'elle fut. Un fragment de la Vie. Les prochains mots de la belle frappèrent la jeune rousse qui lâcha prise, recula. Tituba aussi.

Où irai-je ? Je connais ma destination, des siècles et des siècles plus tard. Mais je ne connais pas le chemin qui me sépare de ce Temps. Peut-être est-il changé à jamais maintenant que j'ai tué le Sagittaire. Cela n'aurait pas dû se passer ainsi. Je sais que mon moi futur voulait les sauver. Leur accorder un autre Destin. J'ai joué avec les Moires, j'en paye le prix aujourd'hui, n'est-ce pas ?

Le lien se rompit. Nimuë retourna dans ses ténèbres. Observa sans le faire le visage de la jeune fille. Qui luttait aussi. La Sirène avait dû lui donner bien du mal tant elle était trouble et noirceur.

J'ai des ailes pour me porter.

Liberté. C'était ce dont à quoi elle aspirait. Une aspiration de famille et qu'elle devinait de plus en plus. Ses pensées s'envolèrent pour sa petite-fille, Satine, perdue. Elle qui avait voulu réunir deux êtres elle n'avait fait que creuser davantage le gouffre entre eux. Un soupir s'extirpa de ses lèvres.

Je sais qu'elle est loin d'être achevée. Je tâcherai d'être délicate, plus délicate à l'avenir… Mais j'en doute, je suis ce que je suis. Avec du sang sur les mains. Le sang d'un de vos frères.


Elle la laissa s'éloigner. Se recroquevilla sur elle-même.

Revenez quand cela vous chante, je ne suis pas prête de revoir le Soleil, Chuchoteuse.

De poison et bête sanguinaire elle était devenue Sirène puis monstre de foire. Ses paupières frémirent et elle trouva un semblant de sommeil. Mais des images sanglantes vinrent l'assaillir.





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