Votez
I
II
III


Forum fermé. Bon jeu à tous sous d'autres cieux !
 

Partagez | 
 

 [Juin 550] L'envers du masque [Entraînement]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
EstheravatarArmure :
Cuirasse de la Tarentule

Statistiques
HP:
100/100  (100/100)
CP:
130/130  (130/130)
CC:
304/304  (304/304)
Message [Juin 550] L'envers du masque [Entraînement]   Dim 15 Mai - 20:39
Leur rencontre avec le cardinal de la Guerre abrégée par l'état souffreteux d'Esther, il ne fallait pas s'étonner que le premier réflexe de Brieux ait été de l'allonger au lit dans la résidence lugubre qu'avait daigné leur prêter le dénommé Zvezdan. Les prochaines semaines se passeraient sous ce toit organique qu'ils pouvaient entendre palpiter non sans trahir une certaine viscosité. Du moins... cela allait être le nouveau quotidien d'Aubrée et d'Esther. En ce qui concernait Brieux, le chemin s'arrêtait là pour lui. Adressant un dernier regard bienveillant ponctué de quelques caresses sur la chevelure ébène de sa petite, la mélancolie sur sa trombine devait servir de transition à sa prochaine action. Quittant la chambre pour se rendre vers la cuisine, il plongeait son regard dans celui de sa femme. L'émotion l'habitait, au contraire de sa comparse qui affichait une neutralité glaciale à son encontre.

-Nous ne pouvons pas attendre plus longtemps. Tu es préparé ?

Brieux n'avait aucune réponse à lui adresser. Sa détermination logeait toute entière dans son expression franche. Nulle peur ne le rongeait. Seule une tristesse introvertie l'affligeait en l'instant. Il avait toujours été conscient de son sort, mais maintenant que son temps était compté, le regret étouffait sa conscience. Aubrée – réceptive au ressenti de son époux – s'approche lentement de lui, parée de cette attitude qui ne trahissait rien de ses pensées. Ses pas s'arrêtent après avoir investi l'espace intime de son conjoint. À aucun moment elle ne rompt le contact visuel. Ses doigts effleurent le visage de Brieux et en caressent la joue avec une douceur froide.

-Cette mine déconfite n'est pas appropriée. Aurais tu oublié ? Ce n'est pas là une fin mais une étape. À jamais, nous demeurerons ensemble... avec Esther.

Soudain, que sa tendresse imperceptible se manifeste toute entière dans une étreinte qui dénotait d'une affection rare mais non moins sincère. Elle l'enlace ainsi pendant quelques minutes, avant de se reculer un peu, juste assez pour retrouver son regard.

-Tu n'as rien à craindre.


Quelques secondes de silence, puis un gémissement momentané. Brieux se détache des pupilles dilatées d'Aubrée pour reporter son regard sur le couteau logé dans son ventre. Médusé par le sang chaud que sa main curieuse avait caressé, il ne faut pas longtemps à ses jambes pour se déraidir complètement et renoncer à soutenir son corps. Aubrée lui épargne la chute, le rattrapant pour l'allonger par terre avec délicatesse, le haut du buste sur ses genoux. Des caresses de compassion accompagnent son agonie.

-Endors toi, ma moitié bien-aimée. Je te rejoindrai bien assez tôt.




Codes couleur dialogues : Esther, Agnès, Arachné.
Chroniques d'une Tarentule, Armure, Agnès.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.saint-seiya-ageofgold.com/t686-esther-de-la-tarentule
EstheravatarArmure :
Cuirasse de la Tarentule

Statistiques
HP:
100/100  (100/100)
CP:
130/130  (130/130)
CC:
304/304  (304/304)
Message Re: [Juin 550] L'envers du masque [Entraînement]   Lun 16 Mai - 0:42
Le coucher de soleil donne une teinte jaunâtre à la petite maison organique devant laquelle se tient Esther. Sur le pas de la porte, la petite s'amuse avec une poupée. À ses côtés, pendouille une carcasse humanoïde – déjà un peu entamée – en train d'être fumée. Le contraste entre le glauque et l'anodin donne à l'atmosphère une aura singulière, si bien que le tabou se parerait presque des atours de l'ordinaire. Mais l'ordinaire devait vite céder sa place à l'horreur, ou peut-être une énième marque d'un quotidien cauchemardesque. En effet, la poupée se mettait à trembloter, comme si des bestioles se tapissaient par centaines sous le tissu. Au lieu de paniquer, arborer une expression placide. La poupée se trempe d'un liquide vermeil, maculant rapidement les mains de la petite. C'est au niveau de la figure que se concentre ce qui s'apparente à du sang, le front de la poupée se gonflant peu à peu avant de libérer dans un simple déchirement une colonie d'insectes.

Les blattes partent de tous les côtés. Quelques unes chatouillent le bras d'Esther jusqu'à monter sur son cou et rentrer dans ses oreilles. Pour autant, elle demeure indifférente ou du moins, sans surprise. Son regard est vide, en passe d'être happé ailleurs. Son environnement se meut en des formes d'abord floues, puis abstraites et enfin, autres. Transportée ailleurs, Esther observe avec une relative appréhension ce nouveau décor. Le peu de lumière rend difficile la tâche, mais elle reconnaîtrait d'entre mille cet air frais et humide. Cette grotte d'où elle avait vécu pendant des années l'accueillait dans un nouveau songe dressé par sa Mère. Cette dernière devait la toiser quelque part, mais elle était invisible. Sa voix même semblait émaner de nulle part et partout à la fois.

-Où te crois tu ?

Un long silence suivait cette simple question donné sur un ton irrité, ce qui n'était pas sans éprouver le voile de quiétude de la petite Tarentule. Ne venait-elle pas pourtant d'obtenir son bien ? Son expression nimbée d'incompréhension, Esther n'allait fournir aucune réponse.

-Peu m'importe tes frasques. Si elles allongent mes jeûnes, je te les avais bien promises. Non... tu as été conviée ici pour une raison toute autre... Ton insouciance.


Ces derniers mots partaient d'une source cette fois localisée à un endroit. Des pas s'entendaient du fond de l'obscurité, accompagnant les gouttes tombant sur la roche érodée. Des ténèbres se découvraient une silhouette féminine. Une femme adulte habillée d'un long vêtement blanc, déchiré de part en part, les cheveux d'ébènes longeant son torse jusqu'aux hanches et le regard perçant. Elle s'avance calmement vers Esther, et parvient malgré tout à lui inspirer un grand danger. Les légers mouvements de recul trahissaient le fond de son ressenti tandis que sa Mère faisait glisser l'une de ses mèches jusque ses oreilles. Son sourire était encore plus glacial que celui d'Aubrée. Et à son contraire, elle pouvait à n'importe quel moment lui asséner les pires tortures de ce monde et ce, sans esquisser le moindre geste.

-Peux-tu me l'expliquer ? N'aie-je pas été assez clair sur cet endroit ? Petite imbécile... Je te regarde et je te vois fauchée au printemps, à l'instar d'une plante de blé trop complaisante.


Ses ongles caressent l'oreille d'Esther, glissent sur sa joue avant d'entrer lentement dans la chair. Son expression est des plus froides alors que sa fille se crispe un peu sous la douleur.

-As-tu idée du temps et des efforts investis pour te polir ainsi ? N'es-tu pas reconnaissante de mes bienfaits ? Misérable ingrate...

Un filet de sang s'écoule de la plaie sur son visage et arrache à Esther un gémissement étouffé par la peur. Après quelques secondes, sa Mère relâche un peu la pression jusqu'à en revenir aux caresses et autres attentions maternelles. Son sourire et son intonation se font plus douces, mais non moins instables.

-Je t'aime Esther. Je ne veux pas te perdre, tu sais... Il va te falloir renoncer un peu à ce simulacre d'innocence et te rappeler de ta vraie nature, mon enfant. Laisse moi t'y aider...




Codes couleur dialogues : Esther, Agnès, Arachné.
Chroniques d'une Tarentule, Armure, Agnès.


Dernière édition par Esther le Lun 4 Juil - 2:50, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.saint-seiya-ageofgold.com/t686-esther-de-la-tarentule
EstheravatarArmure :
Cuirasse de la Tarentule

Statistiques
HP:
100/100  (100/100)
CP:
130/130  (130/130)
CC:
304/304  (304/304)
Message Re: [Juin 550] L'envers du masque [Entraînement]   Lun 16 Mai - 18:08
Le soleil disparaît peu à peu de l'horizon, faisant se dessiner sur le ciel une trame où entrait subtilement en contraste une couleur chaude et une autre froide. La citadelle de chair est la dernière à perdre l'éclat de ce soleil couchant, à l'instar des fléaux sur la vie. Était-ce là leur destin ? La question pouvait se poser. Les plus hautes tours de ce Dédale toisaient la forêt environnante, à l'intérieur de laquelle se tenaient ci et là de petits villages. Un corbeau descend de l'une de ces tours pour ensuite longer la cime des arbres jusqu'à survoler l'un de ces petits espaces civilisés.

Le bruissement des feuilles cède sa place à l'animation que l'on pouvait attendre d'un pareil endroit, défriché sur quelques hectares. Une animation relative, au regard des rares enseignes fermant leur porte, le reste des habitants rentrant chez eux. La journée était finie pour eux, et il était temps pour chacun de retrouver sa famille. La période de l'année faisait que la plupart revenait exténués dans leur feu respectif.

Les habitations occupaient pour un quart la surface totale du village, le reste donnant vue sur quelques exploitations agricoles qui faisaient vivre nombre de manouvriers. De manière évidente, ce n'était pas là un lieu de passage d'où pouvait fleurir un commerce, ce dernier se limitant à quelques rares échanges avec les autres villages environnants. Aussi les habitants s'étaient-ils tout naturellement organisés de telle manière à pouvoir vivre en autarcie. Une taverne tenait même en lieu et place du centre des habitations, où demeuraient les dernières ouailles éveillées.

Qu'un petit groupe en sorte à moitié éméchés pour la plupart, ils croiseraient sur le chemin une petite fille la chevelure d'ébène et les prunelles d'émeraude. Apparemment, elle n'était pas accompagnée. Sans doute rejoignait-elle simplement les siens après s'être un moment égarée dans les bois. À cet âge, la prudence était quelque peu flottante, et ils étaient nombreux à mourir prématurément, ce qui expliquait que l'on ne s'attache pas trop vite aux plus jeunes. Quand bien même, aucun ne profiterait de la situation, ne prêtant pas plus d'attention à son adresse.

Le regard d'Esther s'était lui fait impassible à leur vue, continuant de marcher jusqu'au centre de ce village. L'air introverti, ce petit groupe ne l'avait sortie qu'un instant de son songe éveillé. Mais maintenant qu'elle était arrivée à destination, il n'était plus nécessaire de s'attarder sur quoi que ce soit dans son entourage. Au contraire, elle s'en coupait, focalisant toute son attention sur les esprits dans les environs. Sitôt, elle devenait l'épicentre d'une bulle d'influence d'où il lui était possible de sonder les pensées de surface de l'ensemble des habitants. Celles-ci se confondaient toutes dans sa tête, donnant l'impression de se trouver dans une immense pièce d'où se tenait un tintamarre. Cependant, elle ne devait pas s'arrêter là.

Qu'une goutte de sueur longe son front, une onde de choc invisible finit soudain par s'échapper de son corps pour se dissiper à des kilomètres de là. À cet instant, plus un son. Le village entier s'était tu, ou presque. Ce territoire allait bientôt être le théâtre d'une mascarade des plus macabres.




Codes couleur dialogues : Esther, Agnès, Arachné.
Chroniques d'une Tarentule, Armure, Agnès.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.saint-seiya-ageofgold.com/t686-esther-de-la-tarentule
EstheravatarArmure :
Cuirasse de la Tarentule

Statistiques
HP:
100/100  (100/100)
CP:
130/130  (130/130)
CC:
304/304  (304/304)
Message Re: [Juin 550] L'envers du masque [Entraînement]   Jeu 19 Mai - 0:34
Dès que le bal avait commencé, les animaux s'étaient précipités hors du village, portés par une peur primale. Les nuées d'oiseaux s'envolant hors des toits ainsi que les animaux domestiques défilant dans les rues donnaient au site une ambiance des plus inquiétantes. Quand bien même, peu importe les signes précurseurs, d'aucun ne pouvait anticiper de la nature du fléau. D'ailleurs, pour la plupart, les dés étaient déjà jetés et n'auraient pas voix au chapitre. Les acteurs de ce drame n'étaient autres que le petit groupe que venait de croiser Esther.

Leur histoire était des plus communes. Ni plus ni moins que des amis d'enfance, tous enfants de paysans. Ils travaillaient depuis toujours sur les mêmes terres. Pour autant, leurs rapports n'étaient pas égaux. Deux étaient les enfants de la famille propriétaire des cultures – Allan, un jeune homme réservé tout juste sorti de l'adolescence accompagné par son grand frère Kendall plus robuste et impérieux –, quand les parents du reste – Delwyn, une jeune femme d'une certaine beauté promise à l'aîné du propriétaire, un jeune homme nommé Briac moins physique mais plus réfléchi suivi de sa petite sœur Corentine qui vivait là son initiation dans la taverne – avaient valeur de manouvriers logés et blanchis par des habitations aménagées à leur adresse.

Cette soirée devait permettre de fêter les fiançailles d'Allan et Delwyn. C'était pour la famille de cette dernière une marque de reconnaissance vis-à-vis de leurs protecteurs. Kendall semblait des plus satisfaits par cet arrangement, comme en témoignait la vantardise dont il faisait preuve devant la belle, à l'instar d'un mâle en parade nuptiale. Briac avait à souffrir de cette attitude, moins familier de ces pratiques et en cela, un faire-valoir de choix. Delwyn, qui éprouvait plus d'affection pour Briac que pour Kendall, régulait autant que faire se peut le comportement de son époux futur. Selon toute vraisemblance, leur amour était unilatéral. Allan quant à lui essayait bien maladroitement de séduire Corentine. Mais l'alcool rendait plus difficile leurs échanges, Corentine n'étant guère familiarisée avec l'hydromel. Cela se retrouvait dans son regard introverti, les effets de sa boisson accaparant toute son attention, comme médusée de constater la fantaisie de certaines de ses pensées.

Briac s'était un peu déporté de leur groupe initial pour discuter avec d'autres amis dans la taverne, avant de les rejoindre. Le village était plutôt vaste, mais pas assez pour que le nombre de clients permette au tavernier de vivre de ce travail. Il pouvait bien loger des voyageurs, mais c'était chose rare dans les environs. Aussi se limitait-il à ouvrir la soirée, travaillant avec sa famille dans une exploitation de houblons. Pour cette soirée, Kendall et les siens faisaient l'essentiel de l'animation, et l'ambiance devait retomber après qu'ils quittent le bâtiment.

L'heure tardive rappelait ces individus à la peur primitive de l'obscurité. Mais la peur ne prêtait pas toujours au même comportement de retrait. Kendall n'était pas dupe de ce sentiment chez certains, ce qui lui inspirait un rictus. L'instant d'après, il devait jouer de l'adrénaline et de l'alcool pour faire valoir sa virilité. Une petite dizaine de minutes de dispute, et il se retrouvaient devant la maison du chef du village. Ils avaient avec eux le nécessaire pour faire des graffitis, Kendall en tête avec son frère en suiveur ainsi que sa future compagne mimant sa bêtise à contre-cœur, pleine d'appréhension. Briac restait en arrière la main sur son visage dépité.

Soudain, la porte de la maisonnée s'ouvrait et un homme en sortait l'allure chancelante. Pris d'une peur bleue, chacun se cachait du mieux qu'il pouvait, les sens en alerte. Le chef s'était arrêté, laissant le silence s'installer un long moment. À côté de Briac, Corentine avait le teint pâle, la figure couverte de gouttes de sueur, le buste légèrement voûté vers l'avant. Un frisson grimpe le long de son échine après que sa jeune sœur rende le contenu de son estomac dans un râle rauque. Leur blague venait de tourner court, ce qui s'observait dans leur mine déconfite.




Codes couleur dialogues : Esther, Agnès, Arachné.
Chroniques d'une Tarentule, Armure, Agnès.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.saint-seiya-ageofgold.com/t686-esther-de-la-tarentule
EstheravatarArmure :
Cuirasse de la Tarentule

Statistiques
HP:
100/100  (100/100)
CP:
130/130  (130/130)
CC:
304/304  (304/304)
Message Re: [Juin 550] L'envers du masque [Entraînement]   Ven 20 Mai - 13:40
Contre toute attente, le silence reprend son droit. Ou du moins, rien ne se passe, car la brise sur le feuillage est accompagné du bruit de claquages osseux émanant du chef du village. Briac en a la vue la plus juste, et son expression vire vers un certain scepticisme devant un spectacle pareil. En effet, l'enveloppe charnelle de l'homme non loin de lui exécutait des mouvements anormaux, voire inhumains. D'abord, des spasmes momentanés, puis rapidement, ceux-ci remontent jusque sa tête qui allait pour se balancer de gauche à droite avec une très faible amplitude mais une très grande vélocité. Cela ressemblait à des convulsions, mais trop localisées et singulières dans leur nature pour en être. À bien y regarder, du sang maculait ses lèvres, son torse et ses mains. Son expression était celle d'un animal enragé. Cependant, cette dernière change subtilement de telle manière à glacer le sang de Briac. Leur regard venait de se rencontrer.

Un pas puis deux exécutés lentement en sa direction, Briac est incapable du moindre mouvement, comme tétanisé par ces yeux sûrs de refermer leur mâchoire sur son cou vulnérable. Un troisième, et au lieu d'une course prédatrice, un arrêt inattendu. Ses yeux s'écarquillent, avant que des filets d'un liquide carmin ne s'échappent de tous ses orifices, donnant aux témoins éventuels une vision sinistre de cette créature. Ses pupilles se dilatent et se rétractent successivement, se stabilisant ensuite pour révéler une étincelle de vie qui avait disparu. Le réflexe de cet homme est alors de regarder hébété ses mains, avant d'investir tremblotant son cuir chevelu. D'abord désorienté, son attitude évolue ensuite vers un sentiment de panique puis d'agonie. Des gémissements sont suivis de hurlements rauques entrecoupés d'appels à l'aide. Titubant dans toutes les directions esseulé et perdu, il finit par s'effondrer au sol, pris de dernières convulsions jusqu'à ne plus esquisser aucun geste.

Patientant quelques dizaines de seconde, Briac s'avance prudemment de la carcasse dans l'optique de se rendre compte de son état. Ses camarades le rejoignent après. Tous affichent une mine éberluée tandis que Briac pose enfin l'état du chef du village.

-Il est mort... je crois...

Kendall, qui les avait rejoint le dernier, était visiblement le plus sceptique quant à la scène qui venait de se passer sous leurs yeux. Il cachait son angoisse du mieux qu'il pouvait, mais son frère qui le connaissait depuis toujours et Delwyn forte d'une grande empathie s'en rendaient compte.

-Mais qu'est-ce que c'est que ce foutoir ? …

Bien sûr, personne n'allait répondre à ce qui n'était qu'une question rhétorique, même si elle n'était pas pensée comme telle à l'origine. Allan était visiblement le plus affecté par cette vision d'horreur et amorçait un mouvement de recul, pris d'une nausée différente de celle de Corentine. Au final, Delwyn devait poser la première hypothèse, sans grande conviction mais prenant tout de même ses distances en la considérant la première.

-Euh... vous pensez que c'est... une maladie ?

Aussitôt, chacun s'éloignait du cadavre avec une peur qui était normale de considérer au regard de leur quotidien. Cela faisait maintenant un moment que leur village n'avait pas souffert de famine ou même de disette, mais les épidémies pouvaient également être colportées par un vecteur inconnu. Nombre des leurs, des amis compris ainsi que des membres de leur famille respective, avaient trouvé la mort au cours de la dernière épidémie ayant affligé le village.

Quand bien même, il n'en était rien. Le danger venait d'ailleurs et se manifestait justement en leur dos, via le cri d'affliction d'Allan qui venait de se faire prendre à la jugulaire par les crocs d'une silhouette féminine. Ses traits, sous ses blessures innombrables, faisaient deviner qu'elle n'était autre que la femme du chef de village. Voyant cela, l'angoisse de Kendall s'était dissipée en un instant avec l'effet de la rage, ce dernier se précipitant auprès de son jeune frère pour asséner à son agresseur un coup de poing des plus violents. Allan ainsi libéré de cette furie tenait son cou sanguinolent l'air abasourdi, perdant pied mais rattrapé à temps par Kendall. Son état présageait sa mort, et chacun avait été assez confronté à celle-ci au cours de leur vie pour s'en rendre compte. Aussi, alors que le teint d'Allan se faisait de plus en plus pâle et son expression amorphe, le sang de Kendall bouillait de plus en plus.

Derrière, la créature peinait à se relever, retombant à chaque tentative, très affectée par le coup que lui avait porté Kendall. Non pas qu'elle exprime de la douleur, car elle ne retrouvait pas son humanité au contraire de son mari, mais était comme déboussolée, incapable de régler ses mouvements. En parallèle, les secondes filaient et l'étincelle de vie disparaissait des prunelles d'Allan. Si les autres avaient pour chacun l'expression sombre, encore que Corentine peinait toujours à assimiler situation dans laquelle ils se trouvaient, Delwyn seule parvient à percevoir le changement subtile sur le visage de Kendall qui amorçait son action suivante. En effet, Kendall était emporté par un sentiment de haine profonde. Aussi se relève-t-il, se dirigeant vers la meurtrière d'Allan, avant de se tenir sur elle et la marteler de coups au visage. La haine se ressentait dans chacune de ses frappes, au point que les autres pouvaient entendre à un moment la boîte crânienne de la femme se briser dans un craquement sinistre.




Codes couleur dialogues : Esther, Agnès, Arachné.
Chroniques d'une Tarentule, Armure, Agnès.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.saint-seiya-ageofgold.com/t686-esther-de-la-tarentule
EstheravatarArmure :
Cuirasse de la Tarentule

Statistiques
HP:
100/100  (100/100)
CP:
130/130  (130/130)
CC:
304/304  (304/304)
Message Re: [Juin 550] L'envers du masque [Entraînement]   Dim 22 Mai - 17:52
Retournés sur leurs terres, ils avaient croisé – sans jamais se faire repérer d'eux – nombre de villageois affectés par ce mal. Tous avaient toutes les difficultés du monde à coordonner les mouvements de leur propre corps, quand ils ne partageaient pas le même destin que le chef du village. Malgré tout, que filent les minutes, et leurs gestes se faisaient plus précis. Les dernières silhouettes remarquées avant de rejoindre leur exploitation étaient déjà capables de se déplacer normalement, quoique chancelant un peu. Peu importe le sentiment dominant de chacun des survivants, tous se confondaient dans une confusion jamais éprouvée jusqu'à présent. Leur premier réflexe devait être de retrouver leurs proches, emportés par cet espoir inavoué qu'ils aient été épargnés par ce fléau. De fait, ils se séparaient en trois groupes. Kendall seul comme Delwyn, et Briac avec Corentine.

Ces deux derniers avaient le plus de chemin à faire pour retrouver les leurs. Une marge longue d'une dizaine de minutes de course supplémentaire. Arrivés à portée de leur objectif, la lumière des bougies tenaient illuminée l'habitation de Briac et Corentine, leur donnant matière à penser que l'espoir rejoigne la réalité. Mais la réalité devait être toute autre. En effet, rentrés à l'intérieur, un spectacle macabre se profilait devant leur regard hagard. Leurs parents croquaient à pleines dents les morceaux de viscères qu'ils arrachaient de la plaie béante sur le torse de leur grand-père. Horrifiés par cette vision, leur réaction est celle de la fuite, forte d'un instinct de conservation plus que jamais mis à contribution.

L'adrénaline leur fait perdre le sens de la durée, et avant même qu'ils aient le temps de s'en rendre compte, ils se trouvaient devant la maisonnée de Kendall. Aucun bruit n'émanant de la petite bâtisse, du moins, jusqu'à ce que Kendall en sorte, les habits couverts de sang. Son regard rencontrait celui de Briac, et si celui-ci se mettait en garde faute d'avoir pu se soustraire à temps de ses perceptions, l'attitude de Kendall demeurait nonchalante.

-Alors quoi ? J'ai l'air de leur ressembler ?

Dès lors, Briac se retrouvait partagé entre le soulagement, le scepticisme et la peur. Cet homme, entre tous, était celui dont le comportement avait le plus évolué. Si personne n'avait osé relever son excès devant la meurtrière d'Allan, l'ensemble du groupe partageait – sans ne s'être rien dit sur le sujet – la même méfiance ou – a minima – crainte à son encontre. En l'occurrence, il n'était pas difficile de deviner ce qu'il venait de faire. Et son sang froid en arrière-fond nourrissait en abondance toute marque d'appréhension. Sans un mot, après s'être adressé à Briac et Corentine avec une froideur qu'aucun n'avait jamais entraperçu, Kendall allait simplement se diriger vers la grange d'où étaient stockés les outils. Il dégageait une aura paradoxale, inspirant autant le danger que la sécurité. Dans les deux cas, elle était celle d'un meneur. Il devenait alors logique que les deux autres décident de le suivre, estimant leurs chances de survie plus élevées auprès de lui qu'ailleurs, seuls.

-Je vais aller chercher Delwyn. Vous autres, allez rassembler des vivres à l'intérieur. Je n'attendrai pas l'aube pour quitter ce trou à rats...

Certains devaient voir leur vie mise sur le fil pour révéler leur plein potentiel. La situation présente avait permise d'éveiller celle de meneur d'hommes de Kendall qui troquait sa supériorité puérile de tantôt avec son assurance d'à présent qui inspirait en l'état la confiance de Briac et Corentine. Cependant, ce charisme ne faisait que dissimuler les sentiments destructeurs du personnage déjà destinés à éclater à un moment ou un autre. Restait que leur organisation ainsi décidée, Kendall était parti de son côté armé d'une hache et d'un couteau, tandis que les deux autres rentraient dans les réserves de l'exploitation dans l'optique de constituer les provisions.

Leur mission accomplie, ils n'auraient à attendre que quelques minutes de plus avant d'être rejoints de Kendall seul. Le visage couvert de gouttelettes de sueur, la détresse se lisait sur son expression. Visiblement, il revenait d'un combat l'ayant considérablement affaibli. Plus loin, ils pouvaient entendre les râles de nombre de ces créatures.

-Mais qu'est-ce qu... Comment ça a pu arriver ? Où est Delwyn ?
-Ce n'est pas le moment ! Prenez tout ! On part !


À peine achevait-il de prononcer ces mots – masquant difficilement la panique s'emparant de lui –, que quelques silhouettes commençaient déjà à investir les lieux d'un pas relativement lent. Cela devait suffire à leur faire prendre conscience de l'urgence de la situation, suivant tous les deux Kendall dans sa course qui livrait sur son sillage quelques cadavres. Les coups létaux n'étaient pas très différents du commun des mortels. Vidés de leur sang, le crâne fendu en deux, les organes trop sévèrement endommagés et d'autres. À trois, ils se précipitaient vers la lisière. De longues secondes à détaler, et ils pouvaient penser qu'ils avaient imposés entre deux une distance suffisante. Aussi ralentirent-ils leur allure, Corentine entre tous se montrant la plus affectée physiquement devant l'effort.

Que sa vision se trouble, le souffle court et la migraine s'installant ; elle sentait qu'elle s'effondrerait bientôt à ce rythme. Quand bien même, elle ne s'était jamais imaginée se faire rattraper en l'instant par un prédateur dans son dos. Plantée au sol, son dos était creusé de nombreux coups de griffe, libérant un cri d'affliction rapidement passé sur le timbre de l'agonie. Voyant sa sœur se faire déchirer devant ses yeux, Briac est emporté par une sensation le rendant soudain des plus lucides sur son environnement. Si Kendall se refusait à se retourner, comme poursuivi par une morte qu'il se refusait de regarder en face, lui voyait en l'instant le caractère inéluctable de leur trépas. Effectivement, leurs poursuivants qui jusque là ne pouvaient pas faire mieux que trottiner un peu dans une attitude désincarnée, se rendaient désormais capables de fondre sur leur proie à une vitesse surhumaine. Aussi se sent-il dépossédé de sa force devant ce terrible constat. Immobile à attendre que la Mort vienne le faucher avec pour dernière image dans son esprit la vue de sa sœur déchiquetée en morceaux. Ni plus ni moins que son devenir, ainsi que celui de Kendall pour qui l'illusion demeurait intacte. Une poignée de secondes suffit pour que leur destin les rattrape, sans l'espoir d'un miracle.




Codes couleur dialogues : Esther, Agnès, Arachné.
Chroniques d'une Tarentule, Armure, Agnès.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.saint-seiya-ageofgold.com/t686-esther-de-la-tarentule
EstheravatarArmure :
Cuirasse de la Tarentule

Statistiques
HP:
100/100  (100/100)
CP:
130/130  (130/130)
CC:
304/304  (304/304)
Message Re: [Juin 550] L'envers du masque [Entraînement]   Dim 22 Mai - 23:57
Pousser lentement la porte et se plonger dans l'obscurité de sa maisonnée. Si l'inquiétude avait motivé sa présence en l'endroit, s'engouffrer ainsi sur ce plateau de noirceur donnait la place belle à l'angoisse. En effet, des ténèbres, toutes les formes pouvaient se deviner et Delwyn était en position de craindre aujourd'hui plus qu'hier les créatures tapies dedans. Focalisée sur son ouïe, elle cherchait le moindre signe de présence. Elle n'allait pas être déçue, une voix se manifestant du fond de la pièce.

-Delwyn ?

Sitôt, s'avancer vers la voix familière, celle de son père ; dans l'idée de se réfugier dans ses bras. Si elle se relâchait, son émotion devait tourner court en s'approchant. La distance entre eux raccourcie, elle pouvait se rendre compte de son état. Adossé contre le mur, incapable de supporter son propre poids, quelque chose se tenait à ses côtés ; un corps. Que la lueur de la pleine lune s'affiche à travers la fenêtre de l'habitation, et Delwyn était dès lors en mesure d'identifier le cadavre de sa mère ruée de coups de couteaux. Son père quant à lui tenait dans sa main ledit couteau ensanglanté. Il n'était pas menaçant en soi, mais selon toute vraisemblance, un terrible combat avait eu lieu sur place. La main devant la bouche, étouffant un hurlement, Delwyn voit son fil de pensées se figer momentanément tandis que son père reprenait la parole.

-Delwyn... De l'aide... Tenir... Je n'en peux plus... Tu vas devoir le faire...

Qu'il lève difficilement son bras armé en vue de tendre le couteau vers sa fille, la moue de douleur sur son visage disait la peine que lui demandait l'action.

-Fais vite... Tu dois le faire... Vite... Je ne tiendrai pas plus longtemps...

Devant ce spectacle, Delwyn demeure paralysée, comme tétanisée. S'en rendant compte, son père ne pouvait que se laisser aller à l'impatience, quand ce n'était pas la panique. Sa main est tremblotante quand sa voix s'écorche sous l'émotion.

-Fais le ! … Qu'attends tu ? Qu'attends tu pour le faire ? Quoiqu'il arrive, je mourrai... Mais pas comme ça... ne me laisse pas devenir comme ta mère... Ne laisse pas ça arriver... Je t'en supplie... FAIS LE !


En larmes, cette ultime injonction réveille la note de stress propice à impulser la fuite. Tout cela dépasse simplement ce qu'elle est capable d'endurer. S'échapper... S'en aller ailleurs... Espérer n'avoir rien vu... Espérer que rien de tout cela ne se soit passé... Espérer que ce ne soit là qu'un mauvais rêve dont elle se réveillerait bientôt.

-REVIENS ! NE ME LAISSE PAS ! DELWYN !

Les choses se passent sans que l'on soit capable de les arrêter. Il est impossible sinon extrêmement difficile d'endurer ces situations sans que ce désir hurlant de revenir en arrière n'affecte la détermination nécessaire à la survie. Ce sentiment propre à refouler vers l'abattement. En l'occurrence, elle rejetait à plus tard l'assimilation de ce traumatisme, s'occupant de courir sans même réfléchir à l'issue pouvant la sauver. Ainsi se précipite-t-elle au cœur même du village quand ses compagnons se fondraient dans la forêt. Certains passages qu'elle voulait emprunter se voyaient bloqués par quelques unes de ces créatures humanoïdes. Pour autant, s'ils étaient nombreux à rencontrer son chemin, nul d'entre eux ne la prenait en chasse, ce dont Delwyn était bien loin de remarquer. Quand bien même, son allure devait ralentir en conséquence, rapidement rattrapée par l'épuisement.

Au bout d'un certain temps, chanceler vers le centre avant de ployer un genou à terre, haletante. Quelques secondes à reprendre son souffle, avant de se rendre compte qu'une petite fille l'observait, le regard neutre. Aucun signe ne la rapprochait des monstres. Si son attitude laissait penser qu'elle n'était pas du tout affectée par le drame se passant dans ce village, rien ne la rapprochait de ces monstres. Alentours, les habitations se voyaient mettre en flammes les unes après les autres, les villageois s'entre-tuant de telle manière à donner une vision apocalyptique de l'endroit. Leur regard se rejoignant, ils restaient ainsi un long moment, Delwyn se trouvant comme médusée par les pupilles magnétiques de l'enfant. Il allait lui falloir un peu plus de temps pour se rendre compte que son corps se trouvait incapable de se déplacer ; impuissante.

-Mais que...

Balayer l'environnement du regard, comme une proie venant de se faire déchirer la jambe par un piège à ours. C'était bien là les derniers réflexes que pouvaient lui donner son sens humain, s'étant refusée l'espace d'un instant à écouter l'instinct lui faisant comprendre intuitivement que la gamine devant elle était à l'origine de la sorcellerie présente.

-C'est... toi ?

Aucune réponse ne suit. Pas même son expression ne change. Ses pupilles se lèvent lentement et semblent s'intéresser à un nouvel objet. Le remarquant, Delwyn se retourne et trouve son père l'air désincarné se rapprocher lentement d'elle, répétant machinalement le même reproche.

-Tu m'as abandonné...

Il s'approche et rien ne lui permet de réagir. Il l'effleure, la touche et déchire sa chair entre ses crocs, mais pas même un son ne peut s'échapper de ses gorges. Peu à peu, elle se voyait dépossédée de tout, la douleur comprise, avant qu'un voile noir s'abatte sur sa conscience. La dernière vie humaine venait d'être arrachée.




Codes couleur dialogues : Esther, Agnès, Arachné.
Chroniques d'une Tarentule, Armure, Agnès.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.saint-seiya-ageofgold.com/t686-esther-de-la-tarentule
Contenu sponsorisé
Message Re: [Juin 550] L'envers du masque [Entraînement]   
Revenir en haut Aller en bas
 
[Juin 550] L'envers du masque [Entraînement]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Entraînement d'orientation
» [Entraînement] Lame
» Entraînement sous haute température [ Sento - Tenzen ]
» La roche n'est pas si solide! Chapitre d'entraînement numéro 4
» Entraînement d'escrime

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Saint Seiya Age of Gold :: Libro Scripturae :: Praeteritum :: Chroniques-
Sauter vers: