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 [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]

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Message [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Mar 14 Juin - 19:48
L'opulence de la présente cité surpassait ce qu'il lui avait été donné de voir à Carthage. Là déjà, la petite Tarentule avait pu frétiller d'émerveillement dans ce paysage d'où mille choses pouvaient être observées en un petit endroit. Originaire des territoires à peine défrichés de Francie, le chemin parcouru jusqu'à présent dénotait d'un profond contraste. En l'occurrence, elle arrivait dans une capitale faisant figure d'apogée dans ce qu'il lui avait été donné de voir ; encore que les fortifications lui rappelaient à bien des égards la Citadelle de chair, où se tenait endormi son vrai corps. Mais à cette dernière superstructure ne s'était jamais attaché de sentiment similaire à ce qu'Esther éprouvait à présent. Car dans cette Citadelle ne ressortait qu'une atmosphère glauque, macabre et confinant à la folie. Immense corps monstrueux, visqueux et poisseux depuis lequel chaque palpitation inspirait un dégoût dont il était difficile de s'accommoder. Toute résidente qu'elle était, Esther pouvait se réjouir de sa capacité à se défaire de son enveloppe charnelle pour faire voleter son esprit dans des horizons qu'il ne lui serait pas permis de fouler autrement.

Sa mission l'avait amené à concentrer l'attention de son corps spectral dans les environs du Sanctuaire. Une surveillance plus que jamais justifiée par la tension bouillante se tenant entre les Saints et les Berserkers. Les termes du contrat étaient clairs. Il lui incombait de saisir la manière dont les Saints se réorganisaient devant une situation qui les avait grandement affectés, notamment suite au raid passé dans l'enceinte de leur quartier général. Zvezdan en particulier portait un intérêt manifeste pour le moral des troupes ennemies. Chose qu'il lui était difficile de saisir tant les Saints se confinaient dans leurs quartiers, opaques à son regard invisible. En effet, leur processus d'adaptation se passait pour l'essentiel en leur sein, à l'instar d'une gestation, et les signes visibles à l'extérieur tombaient au compte-goutte, au point que le travail de surveillance mettait la patience de son instigatrice à rude épreuve.

Cela justifiait tout entier sa présence actuelle à mille lieues du Sanctuaire, mais toutefois encore à portée de ses sens cosmiques. Depuis sa position initiale, Esther avait eu tout loisir de constater que certains cosmos s'étaient ancrés en une place donnée. L'ennui est à l'amont de nombreux caprices. Sa présente déportation du Sanctuaire vers la capitale en était un à n'en point douter. Les documents que Zvezdan avait communiqué à sa mère lui permettaient d'identifier l'endroit comme étant Constantinople. Un nom qu'elle avait déjà entendu de la bouche de César et dont elle s'était faite une idée totalement erronée. En effet, on était bien loin du patelin paumé dans les étendues forestières, et son intérêt sur le passé de l'aspirant s'était accentué d'un cran. Néanmoins, en l'instant, ses pensées revenaient à la propriétaire du cosmos perçu il y a plusieurs milliers de kilomètres de là.

Ses sens se détachaient peu à peu de ce vaste cadre urbain pour se concentrer sur une unique personne ; une jeune femme. Sans l'ombre d'un doute, Esther trouvait plus de plaisir à tuer son temps dans l'observation d'habitudes que de paysages d'où rien ne se passait sinon le temps impermanent par nature. Certes, suivre le mode de vie d'animaux relativisait ce rien dans lequel ses chefs l'avaient plongé, mais la petite se retrouvait mieux dans l'expression de la psyché humaine. Cette dernière ne s'abordait jamais directement, et demandait beaucoup de temps pour saisir les différentes couches de sens derrière chaque action.

C'est à cet exercice que la petite Tarentule devait s'adonner pour les deux prochains jours avec cette étrangère. S'il était des moments de la journée où son regard disparaissait du dos de cette femme, il fallait finalement assez peu de temps pour qu'il revienne. Quand l'objet de son attention se déplaçait, son corps astral la suivait à l'instar d'un spectre, sa silhouette se déportant d'un point à un autre dans son angle mort. Quand il s'arrêtait, elle était cette présence que l'on ne remarque pas ; jamais de manière rationnelle, du moins. Car un esprit instinctif – comme Esther avait pu en trouver en les personnes de Li Mei et de Lykeios – pouvait sentir de manière momentanée un regard en sa direction. La première nuit, Esther se confondait dans les songes de sa cible en simple spectatrice. Ainsi, il allait falloir du temps pour remarquer la créature tapie dans l'ombre de son subconscient, l'observant silencieusement. Cela devait donner au réveil la sensation désagréable d'une présence menaçante dans la même pièce que soi, sans rien de concret pour corroborer le sentiment. La seconde nuit, après une journée passée sous le même régime que la précédente, Esther n'allait laisser au subconscient de Sinistra que le loisir de tapisser le décor de son rêve. Sa continuité risquait de varier selon ce que Sinistra avait laissé voir ou deviner de sa psyché durant ces quelques jours.



Citation :
Emplacement du vrai corps : Dédale de chair > Crocs destructeurs > maisonnée d'Esther.




Codes couleur dialogues : Esther, Agnès, Arachné.
Chroniques d'une Tarentule, Armure, Agnès.


Dernière édition par Esther le Mar 14 Juin - 23:26, édité 1 fois
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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Mar 14 Juin - 22:34
Les flammes ardentes, le craquement du bois, les tourbillons de fumée âcre et les cris déchirants d’un enfant qui déchirent le ciel étoilé souillé par les lueurs incandescents d’un gigantesque incendie…
Mais à l’instant où l’éternelle ombre sans visage se penche sur moi, engloutissant mon champ de vision sans que je n’aie jamais pu distinguer ses traits, cette fois je me sens menacée comme si elle s’apprêtait à m’étrangler.
Instinctivement je tends le bras pour me dégager… et je me réveille en sursaut, assise sur mon lectus, trempée de transpiration et le souffle court.
Il me faut de longs instants pour reprendre mon souffle et reconnaître les contours de ma chambre dépouillée plongée dans la pénombre nocturne qui précède l’aube.
Quand je parviens à recouvrer mon calme, je constate avec dépit qu’au sortir de mon rêve récurrent j’ai littéralement transpercé le matelas de mes ongles acérés à tel point que lorsque j’en extirpe ma main je relâche une poignée de brins de pailles sur le trou béant.
Je pousse un soupir résigné avant que je ne décide de quitter ma couche pour me lever :


- Je vais encore me faire réprimander pour ça !...

Alors même que je fais ma toilette avec la bassine d’eau déposée sur ma psyché, je préfère ne pas me remémorer le nombre de fois où je me suis réveillée après avoir éventré mon oreiller ou tailladé mes draps.
C’est bien le problème quand on a à la fois des nuits agitées et des ongles qu’on prend grand soin à entretenir comme des armes.
Quoi qu’il en soit, après m’être changée et avoir revêtu mon masque, je m’enveloppe dans un long manteau qui me couvre jusqu’aux pieds et je jette la capuche sur mon crâne alors que je quitte le couvent par une porte dérobée.
La nuit est encore profonde sur Constantinople mais j’ai appris à être furtive comme une ombre, le commun des mortels ne doit pas se rendre compte de notre présence.
Je connais la moindre ruelle, le plus discret passage, les ténèbres des bâtiments où je peux frayer afin d’éviter les gardes impériaux et les marchands qui s’activent déjà à mesure que l’aube approche.
Depuis ma naissance, jamais je n’ai mis un pied hors de Constantinople et cela me convient, pourquoi chercherai-je à quitter l’endroit qui m’a vu naître alors que ma vie telle qu’elle est m’agrée ?
Du jour où j’ai revêtu l’Armure de l’Ophiuchus, la tâche qui m’a été dévolue est de veiller sur la cité impériale et je préfère ça à devoir assurer la garde de l’Empereur même.
Pourtant, peu avant que je n’arrive à ce que je considère comme mon poste d’observation préféré, je m’arrête un instant et me retourne vivement.

Personne… Pourtant j’ai nettement eu cette impression que quelqu’un m’observait à la dérobée.
J’examine attentivement les environs mais rien à faire, je ne remarque rien ni personne.
Aussi me dirige-je vers l’Aqueduc de Varens et à l’ombre des piliers, je n’ai aucun mal à bondir et à me hisser sous la plus haute des arches de l’édifice contre lequel je m’adosse.
J’aime cet endroit, nul ne peut me voir dissimulée dans l’ombre de l’arche, près de vingt mètres au-dessus du sol, et j’ai un point de vue privilégié sur toute la ville entre la troisième et la quatrième colline de Constantinople.
Alors même que le soleil se lève sur le Bosphore, toute la Cité des Dômes semble s’animer tout autour de moi, les marchands installent leurs échoppes et se mettent à appeler le chaland, les pélerins attirés par leur ferveur et les monuments à la gloire du Dieu Unique se pressent par centaines via les portes, les habitants vont et viennent pour vaquer à leurs occupations tandis qu’à dans tous les ports et havres de la ville des navires ne cessent d’aller et venir dans un ballet maritime.
Bien sûr, mes yeux me permettent de voir ce qui se passe aux alentours mais je m’adosse un peu plus confortablement à la pile de l’aqueduc pour pouvoir me concentrer.
Mais à l’instant où je lance mon Cosmos à travers la cité pour pouvoir la surveiller des portes jusqu’au Grand Palais qui domine la côte je sursaute de nouveau et m’interromps.

Mes sourcils se froncent derrière mon masque, j’ai la désagréable impression d’être observée et pourtant je ne remarque absolument rien d’anormal.
Même quand je parviens enfin à me concentrer et à projeter mon cosmos afin d’observer chaque allée et venue dans la cité, je ne perçois rien qui sorte de l’ordinaire.
Je sais que la capacité que je détiens est à double tranchant : en effet je peux projeter mon cosmos afin d’observer ce que je veux mais en contrepartie on m’a appris que l’on pouvait me repérer quand j’en faisais usage, c’est d’ailleurs pourquoi je prends la peine de quitter le couvent pour mener à bien mes surveillances de Constantinople, pas question que l’on remonte à l’unique demeure que j’ai connue par ma faute !
Est-ce qu’un être capable de percevoir mon cosmos serait en train de m’observer ?
Si oui, pour quelle raison et de qui peut-il s’agir ? Ami ou ennemi ?...
Je ne parviens pas à m’ôter cette sensation désagréable de la journée et lorsque, à la nuit tombée, je suis sur le point de rejoindre le cénacle du couvent où j’ai été élevée, c’est d’un geste agacé que je retire mon manteau.


- Quelque chose te tracasse, mon enfant ?...

Je me tourne en direction de la voix et je ne suis guère surprise de voir apparaître la Mère Supérieure, sa voix qui m’a grondé d’innombrables fois depuis mon enfance est reconnaissable entre mille, elle devait sans doute attendre mon retour.
Je m’empresse de secouer la tête en signe de dénégation :

- Non, pas vraiment. Rien de notable ne s’est passé en ville aujourd’hui… mais j’ai eu la désagréable impression d’avoir été observée à plusieurs reprises…

Je me trompe sans doute, j’ai passé une mauvaise nuit et peut-être en ai-je gardé une trace dans la journée mais ça ne m’a pas empêché de prendre des précautions et de faire des détours avant de revenir au couvent afin de m’assurer que je n’étais pas suivie et de ne pas amener une menace potentielle auprès de mes sœurs.
La main blanche de la Mère Supérieure se porte à son masque et elle hoche la tête de coté comme si elle réfléchissait :

- Je sais que tu t’efforces d’être particulièrement prudente hors de ces murs mais si cette sensation persiste, il faudra redoubler de prudence. Le Sanctuaire n’est pas le seul endroit qui peut être assailli.

Mon regard s’acère sous mon masque, la nouvelle de l’attaque du Sanctuaire et de la mort du Grand Pope Bélisaire est parvenue jusqu’à nous.
Pour ma part, je ne l’ai jamais connu et rien que son nom me rappelait cruellement la mort de mes parents, autant dire que la nouvelle de son trépas ne m’a pas fait un grand choc contrairement à la constatation que quelqu’un puisse être assez fou pour se lancer à l’assaut du Sanctuaire, là où se tiennent les Chevaliers d’Or et où est sensée vivre Athéna.
Nous n’avons pas eu les détails mais nous savons que l’invasion a pu être repoussée et qu’un nouveau Pope a pris les rênes du Sanctuaire, reste à savoir quelle sera sa réaction suite à cette incursion.
Je suis tirée de mes pensées en sentant la main blanche de la Mère Supérieure se poser sur mon épaule.

- Va te sustenter et te reposer, tu en as visiblement grand besoin. Puissent tes rêves te laisser en paix ce soir.

J’affiche une moue désabusée sous mon masque alors même qu’elle s’éloigne : comme je le pensais, elle sait parfaitement que la nuit dernière n’a pas été paisible pour moi.
Je ne me fais pas prier pour prendre un repas en solitaire dans le cénacle déserté à cette heure et la nuit est profonde lorsque je vais rejoindre ma chambre.
Lorsque je me laisse tomber sur ma couche, je constate qu’une de mes sœurs a visiblement eu la bonté de raccommoder le matelas troué par mes soins, à en croire le morceau de tissu cousu là.
Je pousse un soupir de lassitude avant de me défaire de mon masque dans la solitude de ma chambre, j’espère sincèrement que mes cauchemars vont me laisser en paix cette nuit au moins…
Alors que je sombre dans les bras de Morphée, cela semble un temps le cas : mes songes me portent vers un ciel étoilé, tel qu’on le voit quand on prend le loisir de se coucher au faîte de la plus haute colline de la Cité des Dômes…


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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Mer 15 Juin - 21:56
Le ciel étoilé couve la tranquille cité de Constantinople. Du haut d'une colline, la brise caresse le visage de la jeune femme dans un murmure prompte à lui inspirer la mélopée d'une berceuse. Envoûtée, les petits scintillements de la voûte céleste s'illuminent, s'agitent et crépitent pour se faire les vecteurs d'une scène toute autre. Son corps s'est déporté de lui-même dans les quartiers résidentiels de la cité. Spectatrice, elle est impuissante devant la propagation d'un incendie source de destins brisés. Alentours, des poutres craquent et fragilisent les fondations jusqu'à laisser voir des habitations s'effondrer sur elles-mêmes. Pour autant, aucun cri n'est audible. Les flammes n'ont rien à dévorer si ce n'est les infrastructures utiles à accompagner des scènes de vie. Qu'elle balaye du regard les environs, elle était l'unique témoin de cette agonie familière. Mais soudain, les pleurs d'un enfant effleurent ses tympans, puis gagnent en intensité à mesure que son attention se focalise dessus.

Au milieu de cette mer incandescente, une petite fille se noie dans son chagrin ; inaccessible à quiconque voudrait venir l'aider. Si l'enfant répond à une autre expérience onirique, ce qu'il lui est permis de discerner de son apparence ne correspond en rien avec ce qu'il lui a été donné de voir jusqu'à présent. Une étrangère familière, à proprement parler. Cependant, que le regard de la rêveuse s'attarde sur la petite fille en détresse, l'incendie autour s'amenuise, s'éteint et emporte avec lui ses empreintes funestes ; les cendres virevoltantes, la fumée âcre dans les poumons et même la sensation de la chair brûlée. Les ruines silencieuses retournent leur allégeance à l'obscurité de la nuit. L'enfant s'est relevée. Il faut bien s'approcher pour se rendre compte que ses yeux noirs sont orientés vers l'instigatrice apparente de ce cauchemar.

-Je suis déjà morte.

Son expression est placide. Son regard est celui d'un cadavre. Ses prunelles, d'ailleurs, délivrent un filet de sang. Le reste de ses orifices – oreilles, bouche et nez – suivent l'exemple.

-Tu ne peux pas me sauver. Je suis déjà morte.

Le temps paraît s'accélérer. Le monde environnant se fragmente. Des poussières tombent d'un plafond pourtant absent, du fait qu'ils se trouvent toujours dehors. Partout sur le corps de la petite fille, des plaies apparaissent et la vident un peu plus de son restant de vie. De plus en plus pâle, elle demeure néanmoins debout, ses pupilles toujours plantées dans celles de sa vis-à-vis. Quoiqu'elle lui dise, l'enfant ne réagit pas. Finalement, vient à Sinistra l'impression de tomber dans lesdites pupilles de l'enfant ; comme avalée par une ombre.

*

Un vertige accompagne le réveil du chevalier d'Athéna. La présence menaçante est plus intense que jamais, sans que ne soit donné plus de signe tangible pour justifier le stress. Comme avant, elle est destinée à simplement se dissiper avec le temps. Ce temps prend bien plusieurs jours. Selon toute vraisemblance, Sinistra avait vécu une mauvaise passe, maintenant derrière elle. Mais c'était sans compter sur ce qu'elle verrait dans son devoir de surveillance de la cité. En effet, au cinquième jour après ce cauchemar, un cosmos s'anime dans un quartier résidentiel de la cité. Au milieu de la foule, une petite fille avance seule, l'air perdu. Les yeux et la chevelure noire, l'habit pauvre, elle était la même que dans son rêve.





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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Jeu 16 Juin - 21:13
Malheureusement le beau ciel chargé d’étoiles et la douce brise nocturne portée par la mer ne durent pas bien longtemps.
Bien vite ils sont balayés par des images, des sons et des odeurs que je connais trop bien à mon goût.
Brutalement je me retrouve sur mes deux jambes au milieu de la Mésè et tous les bâtiments qui l’encadrent sont embrasés dans un enfer de flammes qui me rappellent mon cauchemar récurrent.
Instinctivement je porte mon bras à mon visage masqué pour tenter de me protéger de la chaleur du brasier, des fumées toxiques qui émanent des demeures qui s’effondrent dans l’incendie et je tente de me frayer un chemin dans ce décor si familier et si dérangeant à la fois.
Je n’entends d’abord rien d’autre que le ronflement des flammes et le grondement des bâtiments qui s’écroulent, si un incendie pareil ravageait la ville les habitants ne devraient-ils pas se ruer dans les artères de Constantinople, criant et hurlant de toute la force de leurs poumons ?
Mais soudain un nouveau son familier m’arrache à cette vision de la cité embrasée, des pleurs d’enfant, pas de nourrisson comme je l’entends fréquemment dans mon cauchemar, mais ceux d’un jeune enfant !
Luttant contre la chaleur infernale du brasier, je m’avance pas à pas dans la fournaise en direction de la source de ces pleurs et avec stupeur, je découvre une fillette complètement seule au milieu de cet enfer.

J’ai un instant l’intention de l’interpeller, de ne lui dire de ne pas rester ici mais je n’ai pas le temps de prononcer un mot que l’incendie cesse brusquement, comme si toutes ces flammes n’étaient qu’une feu de brindilles soufflé par quelque dieu.
Nous voilà seules dans cette vaste artère au milieu d’un silence étourdissant, même la musique si familière du ressac de la mer qui encercle toute la cité semble s’être tue.
Et la silhouette recroquevillée de la fillette qui semblait éplorée et complètement perdue se relève comme une marionnette dont on tirerait les fils et la vision qu’elle me donne fait rater un battement à mon cœur.
Son teint est cadavérique, même la chemise de nuit blanche souillée de cendres qu’elle porte paraît colorée à coté, ses longs cheveux couleur d’ébène ne font que ressortir sa carnation inhumaine et les yeux ténébreux et vitreux qu’elle tourne vers moi semblent deux puits sans fond.
Et comme si son apparence n’était pas suffisamment cauchemardesque, du sang encore frais balaie ses traits figés par la mort et à mesure que la fillette s’exprime d’une voix d’outre-tombe, d’innombrables plaies sanguinolentes viennent zébrer son corps et couvrir de sang son vêtement déjà souillé par l’incendie.
Il me faut toute ma force de volonté pour parvenir à pousser quelques mots hors de ma gorge face à cette enfant qui semble sortie tout droit de l’Hadès :


- Q-Qui es-tu ?...

Je tends ma main aux ongles acérés vers cette apparition comme si je voulais m’assurer de sa réalité mais à l’instant où je fais ce geste, les pupilles sans fond de l’apparition s’ouvrent aussi grands qu’il est humainement possible et j’ai l’horrible sensation de basculer dans un puits de ténèbres !
Le cri de frayeur que je pousse me fait brusquement sortir de ce cauchemar et à l’instant où je m’éveille, ma main griffue balaie l’air comme si j’avais voulu taillader jusqu’au sang tout ennemi qui se tiendrait devant moi.
Il faut de longues minutes avant que je ne reprenne mon souffle et mes esprits, je me sens nauséeuse comme si j’étais véritablement tombée de haut dans ce puits de ténèbres.
Je finis par porter mes deux mains aux ongles acérés à mon visage comme si je pouvais extirper de mon crâne les horribles images qui l’ont envahi.
Comme si ce cauchemar de flammes qui a précipité ma vie dans le giron d’Athéna ne suffisait pas, voilà que je me mets à en faire d’autres !...
Je ne parviens pas à retrouver le sommeil cette nuit-là et même au travers de mon masque le lendemain matin, la Mère Supérieure se rend compte que je ne me sens pas bien.
Je lui raconte par le menu le rêve de la nuit et elle a beau être accoutumée à mes cauchemars depuis l’enfance, je ressens son inquiétude bien qu’elle ne m’en dise rien.
Je tente de chasser le sentiment désagréable que m’a laissé ce mauvais rêve en me concentrant sur ma tâche mais les jours se succèdent sans que je parvienne à l’effacer tout à fait de ma mémoire.
Pourtant mon cauchemar se rappelle à moi aujourd’hui et de la plus étrange façon.

Le soleil est en train de se coucher derrière les portes de la ville, jetant une lueur orange sur la Cité des Dômes, et les gens se pressent dans les rues pour rentrer dans leurs demeures ou à leur auberge pour la nuit, prendre leur navire qui s’apprête à quitter la ville ou encore à quitter Constantinople après avoir vaqué à leurs occupations dans nos murs pour la journée.
Dissimulée dans l’ombre de la plus haute arche de l’Aqueduc de Varens, j’observe ce ballet incessant d’allées et venues quand j’écarquille soudainement mes yeux couleur émeraude derrière mon masque.
Au milieu de la foule qui va et qui vient vingt mètres sous mes pas, je viens de distinguer une silhouette qui m’est familière, une enfant aux longs cheveux couleur d’ébène, mal peignée et dépenaillée, comme la fillette de mon cauchemar.
Il me faut quelques instants pour revenir de ma surprise, comprendre que cette apparition est bien réelle cette fois mais mon regard ne l’a pas lâchée, je la vois avancer avec hésitation dans ce flux d’hommes et d’animaux qui ne lui prêtent pas la moindre attention.
Je dois en avoir le cœur net : j’ajuste la capuche de mon long manteau sur mon crâne avant de quitter ma cachette dans l’ombre jetée par le soleil couchant par l’aqueduc.
Je bondis lestement dans un arbre non loin et une petite pluie de feuilles m’accompagne quand je me laisse tomber au sol dans une rue discrète où personne ne devrait m’avoir vue.
J’ajuste une nouvelle fois ma capuche et je me glisse dans la foule afin de rattraper cette enfant, je ne devrais avoir guère de mal vu l’hésitation qu’elle montrait à trouver son chemin.
Et finalement je la vois enfin, elle semble s’être écartée de quelques pas de la foule qui se presse vers la Porte de Platea – à moins qu’elle n’ait été bousculée par quelque badaud qui aurait jugé qu’elle l’entravait dans sa course.
Elle me tourne le dos, je ne vois pas son visage et alors que je ne suis plus qu’à quelques pas d’elle, je tends faiblement ma main ornée d’ongles longs vers elle.


- Petite ?...

La vision de mon rêve est encore trop fraîche dans mon esprit pour que je l’oublie totalement mais en cet instant je pense aussi au fait que le masque que je porte peut être intimidant pour une enfant.
Si cette fillette est simplement perdue, je ne tiens pas à l’effrayer davantage.

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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Ven 17 Juin - 14:56
-Agnes ?

Ils sont trois dans la maisonnée à se tenir autour d'une table. Des parents avec leur fille pendant un souper ordinaire. Celle-ci perd toute étincelle de vie en pleine discussion, comme si le fil de ses articulations venait d'être coupé. Son expression est insipide et ses pupilles dilatées. Très vite, les sons alentours ne lui parviennent plus. Elle se sent mise en apnée, ne percevant que la résonance d'un écho à ses oreilles tandis que l'on essaye de récupérer son attention. Elle n'est plus qu'une coquille vide perdue dans la solitude de son ressenti intérieur. Dans l'abysse de sa conscience, un murmure à peine audible la tient hypnotisée.

Les jours filent et elle est laissée dans sa chambre, en torpeur. Ses parents inquiets ont déjà fait appel à de nombreux amis, dont un guérisseur impuissant à trouver un remède pour leur fille. Ayant déjà éprouvé le métier des armes, il spécule une analogie avec la nostalgie. Ce symptôme préfigurait la mort de ses victimes en campagne. Les cas observés voyaient l'esprit céder avant le corps. En outre, il s'inscrivait dans la théorie des humeurs ; une simple caractérisation de maux que les contemporains étaient impuissants à saisir. S'il demeurait des méthodes de guérison empiriques, elles jouaient pour l'essentiel sur la participation du souffrant à un nouveau quotidien réparateur. En l'occurrence, l'état de la petite rendait le guérisseur pessimiste sur ses chances de survie.

-La vie de votre fille repose à présent entre les mains de Dieu, je le crains. Je ne saurais trop vous conseiller de lui adresser des offrandes.

Sur cette prescription commune à de nombreux cas, le guérisseur s'en allait. Le père, David, tenait son nom de sa faible corpulence à la naissance. Ses chances de survie étaient minces, et on pouvait deviner que ce nom avait porté les espoirs de ses géniteurs de le voir dépasser sa condition. Un porte-bonheur efficace, comme en témoignait à présent sa stature relativement robuste, se faisant maintenant tanneur dans un quartier modeste d'où il avait rencontré sa femme Fidelis. Son nom lui venait pour sa part de la volonté de ses parents de la garder dans leur giron. Famille membre d'une corporation marchande, toutes leurs tentatives d'engendrer des héritiers s'étaient soldés par des morts prématurées. Seule Fidelis avait survécu, portant toute entière leurs espoirs. Cependant, la passion devait la séparer des siens, rejoignant David en conséquence de quoi elle s'était vue reniée au profit d'un orphelin prodigué par la plus récente des épidémies, et que ses parents avaient adopté dans l'optique de reprendre le flambeau.

À deux, ils s'étaient tracés leur propre sillon, avec leur lot d'ennemis et d'amis. Dix ans de vie commune avaient fait naître deux fils et trois filles, dont Agnes. Trois n'atteindraient jamais l'âge de raison, tandis qu'ils faisaient le deuil de leur fils après un accident mortel. Le malheur était advenu depuis une petite semaine. Cela pouvait expliquer l'état dans lequel se trouvait Agnes, dépossédée de toute envie de vivre. De toute évidence, David et Fidelis ressentaient beaucoup d'inquiétudes à voir leur dernier enfant s'éteindre. Aussi adressent-ils des offrandes à un Dieu unique dans une amalgame de rituels chrétiens et païens. Une force supérieure portait toute entière leurs espoirs.

Se tenir apathique dans un un bain d'obscurité. Le temps a perdu son ancrage. Des heures, jours ou semaines ? Il n'est plus possible de dire depuis combien de temps elle se tient là. De temps en temps, l'environnement s'éclaircit un peu pour laisser voir des images floues de la réalité. Des visages plus ou moins familiers la bordent. Parfois, quelques mots lui parviennent.

-Je t'aime.

Mais très vite, elle est ramenée à cette solitude qui confine à l'abattement. Impuissante à prononcer la moindre pensée, elle n'est plus qu'une bulle de ressentis dont certains lui semble appartenir à un autre ; un corps étranger. L'écran obscur couvre son champs de vision. Elle se familiarise avec, comme un élément du décor inscrit là depuis assez de temps pour ne plus le remarquer. Soudain, un visage autant si ce n'est plus jeune que le sien s'affiche devant le sien emporté par une tétanie brusque. Elle est sur son lit et la terreur inspirée par cette apparition suspendue au-dessus de son corps vulnérable atteint un tel niveau qu'elle lui empêche d'observer ses traits pour eux-mêmes. Une peur aveuglante, à proprement parler, qui fait hurler ses viscères et décompose son expression en une grimace terrible. Les prunelles d'émeraude du spectre toisent froidement la malheureuse. Elle se nourrit de cette peur, avant de simplement disparaître après que l'enfant relève son buste dans un vertige.

Elle halète et prend le temps de récupérer. La même sensation que lorsqu'on se réveille d'un songe cauchemardesque. Sa respiration redevient stable, au point qu'il lui soit permis d'entendre un bruit curieux dans la pièce d'à côté. Ce son... celui d'une corde qui se tend et se balance. Agnes se lève et rejoint la pièce. La fin de la journée rend l'intérieur sombre. Ses pieds traînent et lui font voir ceux de ses parents dansant en l'air, inertes. Elle ne s'arrête pas d'avancer et dépasse le seuil de leur maisonnée. Se faisant avaler par la foule, l'enfant vacille de temps à autres. Elle s'avance et tourne son visage sans la volonté de chercher quoi que ce soit. Elle avance simplement, sans détermination.

Un homme la bouscule et si le choc reste minime, Agnes en ressort comme sonnée. Cesser de marcher pour regarder tout autour, l'air proprement égaré ; un début de panique sur la trombine. Les regards des passants lui inspirent un sentiment de menace. Elle est en danger, vulnérable. Quelque chose va se passer : c'est là son pressentiment ; si bien que la petite tressaille quand on vient effleurer son dos. La peur se lit dans ses yeux tandis que ceux-ci donnent vue sur une femme encapuchonnée, masquée, des griffes métalliques sur la main venue l'interpeller. Silencieuse, elle amorce un geste de recul. Une réaction proprement instinctive.




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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Mar 21 Juin - 1:18
La fillette a un vif mouvement de recul : je grimace légèrement sous mon masque à cette vision.
Je me suis habituée à ce masque froid qui dissimule mes traits depuis l’enfance et empêche quiconque de deviner quelle expression j’affiche – comme la loi d’Athéna le stipule pour toute femme-chevalier – mais je n’oublie pas une demi-seconde que toute personne qui peut croiser notre route peut être pour le moins intimidée par une telle rencontre.
Certes Constantinople est une grande cité à la croisée des religions, des continents et des cultures, il n’est pas rare que l’on croise des étrangers habillés de façon étrange ou qui dissimulent leurs visages sous un voile par pudeur ou dévotion envers leur dieu.
Mais il est rare que les sœurs du couvent où j’ai été élevée – toutes des femmes-chevaliers dévouées à Athéna sous cette couverture de dévotion au Dieu Unique et toutes aussi masquées que moi – s’aventurent hors des murs à moins que ce ne soit pour nous ravitailler de biens qui nous sont indispensables et que nous ne puissions pas produire par nous-mêmes.
Pour ma part, je sors tous les jours afin d’assurer la surveillance de la cité comme il sied à un Chevalier d’Argent – ce qui me convient tout à fait dans l’immédiat – mais je ne me montre jamais d’ordinaire.
Mais l’apparence de cette fillette effarouchée m’a tellement intriguée après cet affreux cauchemar qui m’a hanté ces derniers jours que je n’ai pu m’empêcher de venir à sa rencontre.
Prudemment je recule ma main aux ongles acérés pour la faire disparaître dans le tissu de ma manche : si mon masque l’intimide, je ne veux pas continuer à l’effrayer.


- N’aie pas peur petite, je ne te veux aucun mal…

Je lui laisse de longues secondes pour assimiler l’information vu qu’elle semble aussi effrayée qu’un lapin poursuivi par un renard.
Et j’en profite pour l’observer plus attentivement : elle ressemble à un moineau dépenaillé, comme si elle n’avait pas été nourrie comme il convenait ces derniers temps ou comme si elle avait été malade.
Et plus dérangeant encore, sa longue crinière noire est mal coiffée et elle revêt une chemise de nuit comme l’apparition lugubre que j’ai rencontrée dans ce cauchemar d’il y a quelques nuits.
Je n’ai pas encore entendu le son de sa voix franchir l’enclos de ses lèvres, j’espère sincèrement qu’elle ne va pas à son tour m’annoncer qu’elle est morte et que je ne peux plus rien pour elle.
Je n’ai jamais vu d’esprit et je ne tiens pas particulièrement à commencer, j’ai appris que certains de mes congénères pouvaient avoir la capacité de s’entretenir avec les défunts mais je la leur laisse bien volontiers.
Rien que ce cauchemar m’a suffi : je me suis réveillée avec une horrible sensation de vertige comme si j’étais littéralement tombée dans un gouffre béant et que j’avais été vidée de toutes mes forces.

Et ça, c’est sans compter l’impression dérangeante que j’ai eu du mal à effacer d’être menacée par les ombres mêmes qui m’entouraient, comme si une horrible créature allait en jaillir pour se jeter sur moi et me dévorer vivante.
Je m’accroupis doucement pour ne pas lui faire peur et me mettre à hauteur de cet enfant – je ne sais pas quel âge lui donner exactement avec son allure frêle, elle est jeune en tout cas.
Trop jeune pour se balader seule dans les rues animées de Constantinople en tout cas, encore moins en chemise de nuit et pieds nus.
Rien n’explique d’ailleurs son allure à une telle heure de la journée, je ne sais pas quels parents laisseraient leur enfant quitter leur demeure seulement vêtue d’une chemise de nuit en pleine rue.
Certes, étant orpheline, je ne suis peut-être la plus à même de juger comment des parents sont sensés s’occuper de leur progéniture mais autant sa ressemblance avec l’apparition de mon cauchemar que son allure étrange m’intriguent désormais.
Je lui adresse donc de nouveau la parole doucement, je veux simplement que la peur que lui a inspiré mon masque s’efface pour que je puisse lui apporter mon aide, elle semble en avoir besoin :


- Tu ne devrais pas être ici toute seule, laisse-moi te raccompagner chez toi, veux-tu ?...

Constantinople est une grande ville et même si la majeure partie de la population est paisible, nous ne sommes pas à l’abri de quelques malandrins qui voudraient semer le désordre dans la cité, les gardes impériaux ne sont pas là uniquement pour faire joli dans le paysage après tout.
Et autant dire qu’une fillette aussi jeune et aussi perdue qu’elle en a l’air ferait une proie de choix pour une personne mal intentionnée.
Mieux vaut que je la raccompagne chez elle et que je chasse une bonne fois pour toute cette impression dérangeante que m’a laissé ce cauchemar d'il y a quelques nuits.

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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Dim 17 Juil - 23:56
Un moment de flottement s'installe. L'élément déclencheur de sa fuite n'était pas advenu, en dépit du danger que lui avait inspiré cette femme. En effet, malgré son allure prompte à instiller la méfiance, son attitude se faisait douce et laissait à l'instinct de la petite le temps de la cohabitation entre leur espace intime respectif. De menace, elle redevenait un élément neutre du décor, voire bénéfique. Aussi son expression passait-elle de la peur à cette angoisse lancinante qui allait pour faire son chemin depuis son réveil.

De toute évidence, elle est confuse. Ses yeux balayent son environnement, sans jamais s'arrêter sur quoi que ce soit. Ce lieu lui est étranger, comme le sont toutes les personnes alentours. La raison de sa présence en l'endroit lui échappe. Le temps lui-même semble avoir glissé de ses perceptions. Inconsciemment, elle sait. Quelque chose s'est brisé. Cependant, il lui est impossible d'identifier quoi. Paralysée, sa pensée la protège d'elle-même. Sa confusion atteint un tel niveau que la petite n'est plus capable que de discerner sa respiration. Cette dernière se fait plus bruyante, animée par la crainte d'oublier ce savoir inné. Soudain, une étincelle jaillit dans ses prunelles noires.

-Chez moi ?

Sitôt, soutenir le contact visuel avec cette inconnue. Cette impression... comme si cette personne n'existait pas. Comme si rien n'existait. Comme si elle rêvait. Rêve-t-elle ? D'où lui vient cette douleur alors ? Elle lui est extérieur. Celle-ci la guette, et il faut attendre qu'elle s'immisce dans son enveloppe charnelle pour vraiment s'en rendre compte. Elle a mal. Cela se retrouve dans sa grimace. Sa main vient presser sa tempe. D'où lui vient cette douleur ? Les mille éléments captés par son champ de vision se confondent en une lumière aveuglante d'où jaillit une image. Les visages de ses parents s'imposent à son esprit dans un électrochoc. Cette réminiscence lui venait dans une fracture psychique si violente que Sinistra pouvait en percevoir des bribes.

Un fourmillement momentané de sa jambe droite altère son équilibre, si bien qu'elle tombe brutalement sur son genou. Elle saigne, mais son expression laisse entendre que la douleur physique ne lui parvient pas. D'où vient la douleur ? Se relever difficilement, chancelante. La petite continue de creuser, aux dépens de ses barrières mentales successives, jusqu'au point de non-retour.

Du tout au tout, ses spasmes s'arrêtent. Ses grimaces se dissipent. Ses traits sont étirés et ses yeux écarquillés, perdus dans le vide. Son teint pâlit. Des secondes aux allures sempiternelles, jusqu'à ce qu'un son caractéristique s'entende autant dans son esprit que dans celui de Sinistra. Un bruit de grincement. Le grincement d'une corde. La corde tire un poids mort et se balance. Elle grince. Lentement, le bruit s'accentue, et appelle en filigrane des émotions jusque là anesthésiées, allant pour s'éveiller.

-C'est fini... Il n'y a plus rien... C'est fini...

Ces mots sont portés par un sanglot à peine perceptible. Ils ne formulent rien, si ce n'est une tristesse viscérale. Et pourtant, aucune larme ne vient. Juste, ce sentiment si difficile à saisir... Les mêmes pratiques répétées chaque jour, à l'instar de rituels. La récurrence des comportements dans son entourage. Cette odeur si familière qu'elle avait comme disparue de ses sens. Il ne restait rien. Son quotidien venait de s'effondrer. En arrière-plan, cette impression de n'être qu'une spectatrice de sa perte ; condamnée.

-C'est fini...

Le silence avait repris pendant quelques secondes, jusqu'à ce que ce grincement revienne pour l'assourdir dans un frisson. Un bruit sourd interrompt ce grincement glaçant. Étendue au sol, le regard de la petite était celui d'une tête coupée. Inconsciente, ses signes vitaux fonctionnaient toujours. Ses battements cardiaques se faisaient lents et faibles, mais stables.




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Dernière édition par Esther le Mar 26 Juil - 11:51, édité 1 fois
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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Dim 24 Juil - 15:05
Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette enfant a l’air complètement perdue : si mes paroles ont semblé l’apaiser suffisamment pour qu’elle ne prenne pas la fuite, ses yeux semblent courir tout autour d’elle sans parvenir à se fixer à un point auquel elle pourrait se raccrocher.
Je la sens perturbée, sa respiration s’accélère comme si elle se rendait compte qu’elle était totalement perdue puis deux mots franchissent enfin l’enclos de ses lèvres.
Mais c’est comme si prononcer ces paroles lui causait un choc innommable, une grimace déforme son visage juvénile puis elle porte sa main à sa tête comme si une douleur soudaine lui vrillait les tempes.
Et soudainement un flash me traverse l’esprit, les visages d’un homme et d’une femme penchés sur cette fillette, ses parents ?...
Jamais je n’ai eu de prémonition ou d’autre vision de la sorte, est-ce cette enfant qui…

Mais alors que je m’arrache à cette vision, je la vois tomber à genoux, se relever difficilement, chanceler, comme si elle n’était qu’une marionnette tirée par des fils.
Puis elle se fige, devient blême tandis que son regard vide semble fixer un vide béant connue d’elle seule mais à cet instant le son crissant d’une corde… non, de deux cordes tendues à l’extrême sous un poids qui se balance sous l’effet du vent s’impose à mon esprit, qu’est-ce que…
Les paroles qu’elles prononcent sont si faibles et murmurées d’une voix si dénuée de vie que je peine à les comprendre mais elles résonnent comme un aveu d’impuissance insurmontable.
Et avant que je ne puisse seulement penser à l’interroger, ce son grinçant de deux cordes lourdement lestées se balançant faiblement au vent s’impose de nouveau à moi, plus puissant que l’instant d’avant.
Mais il se déchire soudainement… quand je vois l’enfant s’effondrer dans la poussière de la rue, comme une poupée de chiffons.


- Petite !...

Je me précipite pour m’agenouiller près d’elle et porte aussitôt ma main aux ongles acérés à sa carotide.
Je pousse un soulagement derrière mon masque en constatant qu’elle vit encore, bien que plongée dans l’inconscience.
Avec célérité mais aussi délicatesse, j’enveloppe l’enfant inanimée dans mon manteau avant de la soulever dans mes bras et de m’éloigner de cette artère passante.
Je contemple son visage pâle et émacié, il me rappelle désagréablement celui de cette enfant ensanglantée dans mon cauchemar, je ne peux m’empêcher d’y voir un lien que je ne peux expliquer pour le moment.
Mais qui qu’elle soit, elle a grandement besoin de soins que je ne suis pas à même de lui apporter.
Il n’est pas question de l’amener auprès d’un des apothicaires de la ville, je serais bien en peine de lui expliquer comment j’ai repéré cette enfant dans la foule et pourquoi je me suis sentie obligée de lui venir en aide.

Je ne vois qu’une solution : la ramener auprès du couvent qui me sert de maison depuis mon enfance, là où ce cauchemar qui avait son visage m’a frappée.
La Mère Supérieure est une femme érudite, versée dans les arts de la pharmacopée et capable de discerner bien des maux, elle sera la plus à même d’identifier le mal qui frappe cette enfant et d’y apporter remède.
De plus – bien que j’ai eu tendance à écouter d’une oreille distraite à chaque fois que l’on a tenté de m’inculquer cette notion – la toute-puissance d’Athéna est sensée protéger de tout mal ceux qui pénètrent dans l’enceinte de notre couvent, comme si la Déesse avait décidé d’accorder sa bénédiction aux pierres mêmes.
Si un quelconque pouvoir maléfique a un lien quelconque entre son apparition dans mon cauchemar et l’état de cet enfant, ma demeure s’avère l’endroit le plus sûr où je puisse l’amener.
Prudemment je prends donc le chemin du couvent avec la fillette blottie au creux de mes bras, j’espère sincèrement que la Mère Supérieure pourra lui venir en aide.

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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Mar 26 Juil - 13:54
Les heures filent, inconsciente. Une petite fièvre paraît gagner la petite après avoir rejoint l'espace du couvent. Mais qui sait si les premiers symptômes n'avaient pas trouvé leurs germes avant cela. Dans tous les cas, les diagnostics quels qu'ils soient devaient être impuissants à identifier la source du mal affligeant le corps de l'enfant. Cela pouvait-être une blessure de l'esprit, les plus délicates à appréhender pour l'époque, en cela qu'elles pouvaient meurtrir le corps dans un procédé obscur même aux plus érudits. Quand bien même, son état n'est pas alarmant, et n'engage pas sa survie. Relativement stable, après quatre heures, sa fièvre semblait même se dissiper, l'enfant retrouvant peu à peu ses couleurs ainsi qu'un rythme cardiaque normal.

Cependant, l'inquiétude ne devait pas résider en elle mais en ce qu'elle inspirait à son entourage. En effet, les personnes dans son environnement proche exprimaient quelques signes de nervosité, pris d'une angoisse sur laquelle il était impossible de poser mot. De cette petite fille se dégageait un malaise qu'aucune ne s'expliquait. Certaines pouvaient traduire cela en un mauvais pressentiment. D'autres, plus sensibles, ressentaient une sorte de magnétisme contraint, quoique superficiel. Pour autant, la convalescente ne laissait rien apparaître qui pouvait corroborer de telles craintes ; cela demeurait invisible. Aussi était-il difficile de dire si elle représentait ou non une menace. Il n'appartenait qu'aux résidentes de statuer sur son sort.

*

Assise à table, dans la pièce principale de sa maisonnée, la petite se tient immobile. Elle est posée dans son quotidien, dans l'attente d'être servie par ce premier repas frugale devant préparer la journée. Son champ de vision fixe, il ne donne vue que sur le plan de travail où sa mère préparait d'ordinaire la soupe. Les légumes, les ustensiles de cuisine, le pain et même du cerfeuil se trouvaient entreposé sur le plan de travail. Néanmoins, qu'elle attende, personne ne venait rencontrer son champ de vision.

-Agnès ?

La voix de sa mère devait se faire entendre derrière elle. Seulement après avoir été interpellée, la petite se retourne, comme si l'évocation de son nom venait de lui enseigner cette capacité pourtant basique. Vue lui est alors donnée de sa mère suspendue dans le vide, la corde nouée au cou. Leurs pupilles se rencontrent. Ni l'une ni l'autre ne traduisent la moindre surprise. La scène demeure banale, promise à l'absurde quand Fidelis entreprend de se masser la nuque avec désinvolture.

-Agnès... J'ai une crampe. Aide moi à cuisiner, veux-tu ?

Sur ces mots, la petite s'occupe simplement d'aller chercher un couteau ainsi que les légumes, avant de les tendre à sa mère. Celle-ci s'occupait alors de les éplucher, de les couper en morceaux. Ces derniers tombaient au sol. Pour autant, rien n'embarrassait ledit sol, comme si rien n'était jamais tombé. À l'autre bout de la pièce, des flammes crépitent. Agnès hume l'air et commence à sentir l'odeur savoureuse du ragoût mijotant dans le chaudron. La petite s'en approche et profite de sa chaleur agréable, étreignant ses cuisses contre elle. Si son regard prend une teinte mélancolique, il est vite éclipsé par ses paupières de plus en plus lourdes.

-Agnès ! C'est prêt !

La petite se réveille dans un sursaut. La table est dressée. Sa mère lui adresse un sourire. Aussi se dirige-t-elle simplement à sa place, pour savourer le contenu de son assiette. Un met comme il lui est commun d'en goûter, son régime alimentaire étant des plus modestes. Cela devait-il justifier l'absence de saveur ? Peu importe, elle était à mille lieux de relever ce détail.

-Je vois que tu te régales... mais tu ne m'en servirais pas un bout ? Je suis empêchée, tu sais...

Toujours pendue sur une poutre, sa mère la toisait. L'espace d'un instant, il lui avait semblé voir sa joue nécrosée, avant que cette vision ne se dissipe derrière son expression bienveillante. Cela n'avait éveillé aucune réaction particulière chez Agnès, qui s'occupait simplement de diriger une chaise devant sa mère, d'y monter, pour mettre dans un geste répétitif la cuillère de bois dans la bouche. La première fois, elle y servait un morceau de légume. Déjà la seconde, il ne s'y trouvait plus rien ; ne portant rien finalement à sa bouche, ce qui n'empêchait pas Fidelis de mâcher dans le vide.

Néanmoins, un sanglot dans la chambre devait interrompre cette scène absurde. Qu'elle focalise deux secondes son attention dans l’entrebâillement de la porte, sa mère avait disparu de la pièce. Sceptique, la petite redescend simplement de sa chaise pour se diriger prudemment vers ladite porte. L'ouvre-t-elle que lui est donnée la vision étrange d'une fille encore plus jeune, allongée dans son lit avec le corps inerte d'une femme. Les deux lui sont inconnues, ou presque. En effet, la petite fille dégageait quelque chose de familier, quoique inquiétant. Mais cela ne devait pas l'empêcher de s'en approcher un peu plus, jusqu'à pouvoir observer plus en détail son visage endormi. Soudain, ses paupières s'ouvraient brusquement, faisant se découvrir des prunelles d'émeraude. Le contact visuel lui inspirait un sentiment glacial – de rejet –, si bien que le songe devait se rompre sans plus de chimère.

*

Lentement, Agnès se réveillait. Qu'elle émerge, son environnement lui était inconnu. Se redressant difficilement, elle s'occupait de détailler du regard ce qui lui était donné de voir. Une certaine confusion marquait ses traits. Après quelques secondes de flottement, un léger acouphène se manifestait à ses oreilles.




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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Lun 1 Aoû - 0:41
Je ne sais si je prends la bonne décision en ramenant cette enfant dans l’enceinte de ma demeure.
Elle ressemble tellement à l’enfant de mon cauchemar que je ne peux y voir une simple coïncidence, c’est d’ailleurs pour cela que je suis venue à sa rencontre alors qu’elle semblait totalement perdue dans la foule qui allait et venait dans les artères de la Cité des Dômes.
Je ne peux m’empêcher d’avoir un mauvais pressentiment, comme si une ombre noire tirait les ficelles derrière cette apparition, et cette sensation de percevoir le son crissant de cordes pendues à l’extrême avant que cette fillette ne s’effondre ne fait que le renforcer.
Pourtant je ne peux me résoudre à l’abandonner inconsciente au milieu de la rue et alors que la nuit tombe sur Constantinople, me voilà qui entre dans le couvent par la porte dérobée dans l’enceinte que j’utilise pour aller et venir sans susciter la curiosité de nos voisins les plus proches – même si les bâtiments qui nous entourent sont principalement des édifices religieux, on n’est jamais trop prudent.
Une fois dans les murs, il ne faut pas bien longtemps pour que la Mère Supérieure apparaisse.
Ses sens doivent être bien plus affinés qu’elle ne veut bien le laisser entendre, elle a tout de suite perçu cette présence étrangère dans l’enceinte qu’elle protège.

Elle m’intime de la suivre jusqu’au dispensaire où nous prodiguons des soins quand cela s’avère nécessaire mais à mesure que je chemine dans le bâtiment et que je croise plusieurs de mes sœurs, même masquées, j’ai le sentiment que la présence de cette enfant les perturbe plus que de raison.
Toutefois je ne prends pas le loisir de les interroger et rapidement nous pénétrons la petite pièce à peine suffisante pour contenir deux couches et les quelques meubles nécessaires pour contenir tout ce qui est nécessaire pour procéder aux soins.
La Mère Supérieure me demande d’allonger l’enfant sur l’une des couches avant de se mettre à l’examiner attentivement.
Je fronce les sourcils derrière mon masque quand la femme qui m’a élevée m’annonce que la petite est fièvreuse et qu’elle est visiblement malade depuis un bon petit moment.
Mais alors qu’elle lui prodigue les soins qui lui semblent adaptés, elle finit par tourner son visage masqué vers moi :


- …D’ordinaire tu ne serais pas inquiétée outre mesure d’une enfant malade dans la rue… Ou bien tu te serais arrangée pour qu’on la trouve rapidement. Pourquoi as-tu décidé de la ramener ici ?...

Apparemment elle me connaît suffisamment pour savoir que je suis de nature méfiante et que je n’aurais pas ramené cette enfant que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam sans une bonne raison.
Patiemment, tandis qu’elle rafraîchit le front de l’enfant et la fait boire pour baisser sa fièvre, j’entreprends de lui expliquer par le menu l’affreux cauchemar que j’ai fait il y a quelques jours de cela, la sensation perturbante et rémanente que j’ai eue d’être épiée depuis lors et enfin les évènements de la fin de journée qui m’ont amenée à découvrir cette enfant si similaire à celle rencontrée dans mon cauchemar jusqu’à l’instant où je l’ai conduite ici.
Finalement la Mère Supérieure pousse un soupir étouffé derrière son masque avant de relever la tête vers moi :


- …Tu as bien fait de l’amener ici. Je ne sais si ton cauchemar est un avertissement de la part des Dieux mais quoi qu’il lui soit arrivé, Athéna lui accordera sa protection tant qu’elle sera entre nos murs.

J’ai l’impression que tout comme moi elle entrevoit un lien indéfinissable entre cet entêtant cauchemar et ma rencontre avec cette fillette, un lien qu’aucune de nous ne parvient pour l’instant à définir, comme si le fait de la trouver sur ma route n’avait rien de fortuit.
Après avoir vérifié en posant sa main sur le front de l’enfant que sa fièvre était tombée, la Mère Supérieure s’éclipse en la laissant à ma surveillance et en m’indiquant de la faire mander s’il se passait quoi que ce soit.
Je me contente de hocher la tête et de prendre place dans un siège, adossée au mur, les yeux rivés sur la forme inerte de l’enfant.
Le temps s’écoule lentement dans le dispensaire silencieux, seulement troublé par nos deux respirations et le léger crépitement de l’huile de la lampe.
Et finalement je vois la fillette se mettre à remuer doucement, elle ouvre les yeux et se redresse difficilement sur un coude en se frottant les yeux de l’autre main.
Son regard montre qu’elle est complètement perdue et vu qu’elle ne verrait pas un sourire rassurant, je lui adresse la parole de manière douce et apaisante :


- Tu n’as rien à craindre, petite. Tu es en sécurité ici.

Je vais la laisser reprendre ses sens calmement : je répondrais aux questions bien légitimes qu’elle se pose avant d’enchaîner avec les miennes.
Il est plus que temps que je comprenne qui elle est et ce qui lui est arrivé pour que je la trouve à traîner seule et dépenaillée dans les rues de Constantinople, me rappelant cruellement la fillette ensanglantée de mon cauchemar.

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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Mar 2 Aoû - 14:33
Une lueur d'inquiétude devait émerger dans son regard après que la voix de la femme présente dans la pièce se manifeste. Une présence que la petite ne remarquait qu'à présent, encore engourdie par les chimères cauchemardesques de son songe. Néanmoins, la femme ne dégageait pas l'ombre d'une menace. Au contraire, son intention semblait se confondre avec ses mots. Elle ne lui voulait aucun mal. Cette sensation contrastait avec son ressenti, prompte à mettre en évidence la précarité de son existence. En effet, quelque chose guettait au-dessus d'elle. Quelque chose d'ineffable. Comme si ses émotions se mariaient avec celles d'une personne étrangère et ce, dans une harmonie d'autant plus troublante que le ton confinait au malaise. Si son expression du moment traduisait la confusion, en arrière toile se dessinait déjà les bribes d'une mélancolie profonde.

-Je ne connais pas cet endroit... Où suis-je ?

Pendant de longues secondes, ses pupilles s'attachaient à celles de son interlocutrice. Elle cherchait à la sonder. Peut-elle vraiment se fier à ses mots ? Qui est-elle, par ailleurs ? Ces questionnements l'amenaient tout naturellement à ranimer ses souvenirs les plus récents. Ce n'était pas là leur première rencontre. Agnès vivait ses réminiscences à l'envers. Elle se voyait s'effondrer, puis chanceler. Le visage de cette femme lui revenait avec la peur confuse que lui inspirait son apparence. Elle avançait dans son introspection pour se rendre compte que cet affect n'était que la façade à quelque chose de plus insidieux.

Elle titube dans la rue. Des flashs interrompent ça et là la scène. Répétitivement, le visage nécrosé de sa mère lui vient. Chaque fois, l'acouphène s'accentue, si bien qu'une moue de douleur s'esquisse sur son faciès. Très vite, ce son strident se meut en une migraine de plus en plus forte. Qu'elle se tienne la tête, la vision de sa maison lui vient. Se voir traverser le seuil de cette dernière trempe son corps de sueur. L'exercice touche à sa fin après qu'un coup de jus se manifeste au siège même de son esprit, lui arrachant un gémissement.

-Mais qu'est-ce que je fais là ? … Qu'est-ce qui m'arrive ?

Abruptement, une dernière image transparaît alors même qu'elle avait renoncé à s'aventurer plus loin ; celle de ses parents les corps suspendus dans la cuisine, à l'instar de carcasses de chair. Seule sa vue est emportée par le souvenir. Le reste de ses sens se mettent en retrait, de telle manière à ce que la douleur même se dissipe sur sa figure à présent figée par la stupeur. L'atmosphère s'alourdit en même temps que s'installe le silence. Après un certain temps, son regard creux rejoint celui de Sinistra. Sa présence confirmait la véracité de son cauchemar. Tout cela... s'était passé.

-Il ne reste... rien ?

Ses yeux s'humidifiaient à mesure que la petite retrouvait sa lucidité sur sa nouvelle situation. Une lucidité encore inhibée par un espoir naïf : que la femme devant elle démente la réalité.




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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Mar 2 Aoû - 17:44
Il faut de longs instants pour que la fillette prenne conscience de ce qui l’entoure et puisse retrouver suffisamment ses esprits.
Elle se demande où elle est – question bien légitime vu qu’elle était inconsciente quand je l’ai amenée ici – et je vois ses yeux chargés d’inquiétude se tourner vers moi.
Je retiens un soupir derrière mon masque, je vais tenter de la rassurer comme je le peux.


- Tu es dans le dispensaire d’un couvent, je t’y ai amenée lorsque tu t’es effondrée dans la rue.

Je ne sais si ce sont mes mots qui lui parviennent ou bien si ce sont ses souvenirs qui se remettent en place mais je la vois se mettre à fixer un point invisible dans le sol comme si elle faisait abstraction de tout ce qui l’entoure.
Je fronce faiblement les sourcils en voyant de nouveau la douleur se peindre sur son visage juvénile, souffre-t-elle de nouveau ou bien sont-ce ses souvenirs qui la font souffrir ?
Elle porte la main à sa tête et j’ai un mouvement pour quitter mon siège de crainte qu’elle ne s’effondre de nouveau lorsqu’elle laisse échapper un gémisssement.
A nouveau elle demande ce qu’elle fait là, comme si elle n’avait pas perçu ce que je lui avais dit il y a quelques instants.
Ses yeux restent fixes comme si elle percevait des visions accessibles à elle seule mais finalement la douleur qui transparaissait sur son visage se délite peu à peu.
Toutefois c’est au profit de larmes qui se mettent à poindre dans ses yeux d’enfant et à nouveau elle prononce ces paroles énigmatiques que j’ai déjà entendu sortir de l’enclos de ses lèvres quelques instants avant qu’elle ne s’effondre, comme si tout était perdu pour elle.
Mon regard parcourt la pièce et finalement je marche jusqu’au meuble où sont entassés divers ustensiles dédiés aux soins pour me saisir d’un linge blanc et propre.
Doucement je franchis la distance qui me sépare de l’enfant avant de lui tendre dans ma main aux ongles acérés comme un mouchoir pour essuyer ses larmes.


- ...Je me nomme Sinistra. Peux-tu me dire comment tu t’appelles, petite ?...

Je laisse s’écouler de longs instants pour lui permettre d’assimiler à la fois l’information que je lui donne mais aussi la question que je lui adresse, elle paraît si troublée que je ne veux pas la brusquer.
Peu importe qu’elle se saisisse ou non du mouchoir improvisé que je lui tends, il me faut à la fois la rassurer mais aussi trouver des réponses aux questions qui hantent mon esprit à son sujet.


- Je t’ai amenée ici parce que tu t’es effondrée dans les rues de Constantinople juste devant moi. Tu avais de la fièvre. Peux-tu me dire ce qui t’est arrivé pour que je te retrouve dans cet état ?...

Peu importe le temps que ça prendra, je vais lui laisser le temps de rassembler ses esprits et la force de me confier ce qu’elle pourra pour que je comprenne ce qui lui est arrivé jusqu’à notre rencontre.
J’ai l’intuition que quelque chose de sombre s’est passé… mais j’espère sincèrement pour cette enfant qu’elle n’a pas vécu quelque chose d’aussi horrible que ce que j’ai entrevu dans ce cauchemar qui m’a au final mené à elle.

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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Mer 3 Aoû - 16:49
Ses yeux baissés sur le tissu tendu par la dénommée Sinistra, Agnès le saisissait pour ensuite perdre son regard dans le vide. Le dos légèrement voûté, le mouchoir reposait sur ses cuisses.

-Je m'appelle Agnès.

Sinistra avait pu sentir que la tension était un peu retombée au ton de sa voix ; faible et monocorde. La catastrophe ayant saisi sa vie se voyait occultée par l'environnement apaisant du lieu. Ce contraste notable devait la tenir dans une confusion propre à dérégler le cheminement de ses émotions. Dans cette situation, pouvait-elle vraiment croire qu'il ne lui restait plus rien ? Sur cette pensée, une crainte se mettait à poindre. Ce sentiment n'était-il qu'une illusion ? Elle voulait croire en les paroles de Sinistra, en ce qu'elles promettaient de ne pas l'abandonner à son sort après avoir tout perdu. Mais au fond d'elle, subrepticement, douter. Dans tous les cas, cette évaluation inconsciente de la situation la distrayait assez pour la détourner de l'abysse que lui inspirait l'effondrement de son quotidien. Une distraction portée à son terme après que la femme à ses côtés lui demande d'en parler.

Visiblement, la question allait pour la crisper, prise de l'appréhension de retourner à ce souvenir. Les lèvres tremblantes, elle allait tenter de rapporter son expérience sans y penser. Ce qu'elle rapporte ne sont pas des souvenirs, mais des mots. Ainsi s’échafaudait sa première barrière mentale pour se prémunir de son traumatisme.

-Je... Mon frère était mort... Je suis tombée malade... Je... Il y avait...

Son effort de se détacher de ses souvenirs tombent rapidement en désuétude dès le moment où ces derniers lui sont flous, la forçant à s'y fondre de nouveau. Sinistra n'avait eu à se mettre sous la dent que quelques paroles décousues, et la suite n'irait pas pour s'arranger, à en juger la douleur réapparaissant sur son faciès, ses phrases entrecoupées de sanglots.

-Je n'arrive plus à me rappeler... J'étais faible... Le visage des personnes autour de moi me faisaient peur... Mes parents aussi avaient peur... J'étais toujours fatiguée... J'arrivais pas à rester éveillée... Je pensais qu'à un moment, je n'arriverai plus à me réveiller... J'avais mal... et j'étais triste... Et après... j'avais très peur... Je faisais des cauchemars... Comme là... Je pensais que c'était un cauchemar...

Sur ces derniers mots, sa gorge se noue. Son visage est pris d'innombrables picotements. Elle porte le mouchoir devant sa bouche, la main tremblotante, les yeux exorbités. Pendant plusieurs secondes, elle paraît se battre pour ne pas céder sous le coup de l'émotion. Des efforts inutiles. Après tout, elle demeurait une enfant. Et pourtant... que ses douleurs psychiques disparaissent une nouvelle fois. Avec elles, ses tremblements. Retrouver un certain calme avec cette impression étrange... comme si ça venait d'autre chose. Que l'on avait simplement détaché d'elle sa souffrance. Aussi est-il naturel pour Agnès d'exprimer de la surprise. Un frisson porte un sentiment de bien-être.

-Mais ce n'en était pas un...

Terminer son cheminement avec un calme peu anodin au vu de son état il y avait quelques secondes de cela. Agnès en était la première stupéfaite, et cela se retrouvait sur son expression.




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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Mer 3 Aoû - 19:57
Le nom de l’enfant finit par franchir ses lèvres, preuve qu’elle a enfin recouvré ses esprits.
Elle ne se trouve plus dans l’état second dans lequel je l’ai retrouvée au cœur des rues de Constantinople et je peine à croire que ce soit uniquement sa fièvre qui l’ait rendue aussi désorientée.
Je lui laisse tout le temps nécessaire pour rassembler ses souvenirs mais aussi ses forces pour faire parvenir les mots nécessaires à ses lèvres.
Je les vois se mettre à trembler avant qu’elle ne daigne les ouvrir de nouveau et je ne peux empêcher mon regard de s’assombrir derrière mon masque lorsqu’elle m’apprend qu’elle a perdu son frère avant de tomber malade à son tour.
Elle s’interrompt et je la laisse prendre son temps de nouveau, je ne peux qu’imaginer la douleur de perdre l’un des siens pour moi qui n’ai jamais eu de famille.

Toutefois sa voix tremble et est entrecoupée de sanglots quand elle retrouve la force de parler.
Visiblement ses souvenirs sont décousus, peut-être à cause de la maladie qui a été la sienne.
La seule chose dont elle semble se souvenir c’est qu’elle se sentait constamment épuisée, qu’elle ne cessait de faire des cauchemars et des visages effrayants qui l’entouraient.
Je la vois porter le linge à ses lèvres et je crains quelques instants qu’elle ne rende tout ce qu’elle peut encore avoir sur l’estomac sous le coup de ses réminiscences mais au final il n’en est rien.
Elle finit sur quelques mots qui semblent la surprendre elle-même vu le calme qu’elle exprime et avec une ombre de sourire qu’elle ne peut voir derrière mon masque je pose doucement ma main sur son crâne dans un geste qui se veut réconfortant.


- Prends tout le temps qui est nécessaire pour te remettre, Agnès. Et tu peux pleurer aussi si tu en éprouves le besoin, garder sa douleur au plus profond de soi est ce qu’il y a de pire…

D’aussi loin que je me rappelle, j’ai été une enfant révoltée contre la mort prématurée de mes parents, je n’ai pas le moindre objet qui pourrait me rappeler leur présence ni un quelconque souvenir de leurs visages.
Combien d’années a-t-il fallu pour que j’exorcise mon impuissance et ma frustration pour la muer en force et en cosmos afin de remplir le rôle qui est désormais le mien ?
Je laisse l’enfant goûter le calme de ce dispensaire dans la profondeur de la nuit pendant quelques minutes avant de rompre le silence.


- Quand tu te sentiras prête, j’aimerais que tu m’indiques où tu vivais en ville. Je me rendrais sur place pendant que tu te reposeras ici et j’effacerais tes doutes.

Je ne saurais ce qui lui est arrivé qu’une fois sur place et je veux également effacer les doutes qui sont les miens, le cauchemar où je l’ai vue apparaître et le son crissant de cordes hantent toujours mon esprit.
Si jamais cette enfant n’a plus rien comme elle l’annonce désespérément, cet endroit lui sera ouvert tant qu’elle le désirera comme il l’a été pour moi.
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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Ven 5 Aoû - 17:01
L'expression d'Agnès était aux antipodes avec ce qu'elle aurait dû être eu égard à sa situation. Tandis que Sinistra s'employait à la réconforter un peu plus en posant délicatement sa main sur son crâne, la petite la regardait avec un air d'hébétude. Ignorer comment réagir, alors que cela lui aurait été naturel il y a de ça quelques secondes. Troublée, elle devait simplement hocher la tête devant la remarque de son interlocutrice. Cette dernière la laissait dans cet état de confusion pendant un temps qui lui paraît interminable, prise d'un malaise derrière lequel il était impossible de poser un mot. Comment réagir, maintenant que ses émotions s'étaient désamorcées d'elle-même ? Le vide la gagnant soudain allait remettre en question la justesse de la réalité. Au final, ne se trompait-elle pas sur son vécu ?

Emportée par cette pensée impromptue, la proposition de sa vis-à-vis sonnait comme une aubaine inespérée. Qu'elle aille vérifier sur place... Lui enlever le doute... Devant cette opportunité, Agnès n'allait pas hésiter plus qu'une poignée de seconde, s'attelant à indiquer tant bien que mal la localisation de sa maisonnée. Cette dernière se trouvait dans les quartiers commerçants de la cité, parmi les plus modestes ; proche des principales voiries où se concentrait l'essentiel des flux. Si elle était loin de posséder une vision d'ensemble de Constantinople, au moins pouvait-elle reconstituer l'environnement proche de son habitation, soulevant des repères suffisants pour un autochtone. Elle habitait une tannerie. Elle connaissait l'identité de l'aristocrate le plus influent du quartier. Elle était également en mesure de reconstituer l'agencement de sa rue, avec les principaux artisans faisant sa richesse.

Au contraire de ses précédentes prises de parole, Agnès se montrait plutôt claire dans son propos. Son désappointement se tenait en arrière fond de ses paroles, désormais impuissant à paralyser le cheminement de ses pensées. Selon toute vraisemblance, elle se trouvait à présent dans un état d'esprit autre, comme si plusieurs semaines venaient de se passer d'un coup, le traumatisme ayant pris le temps de se résorber un peu. L'exposé terminé, elle regardait Sinistra s'en aller, sans un mot. Sitôt, elle se retournait sur son lit, allongée ; le regard perdu dans le vide.

Sinistra pour sa part devait se trouver dans une rue où la vie suivait son court, avant de dépasser le seuil de la maison d'Agnès, qui obéissait à une logique autre. Ici, un quotidien s'était arrêté. Dans la cuisine, deux corps étaient pendus côte à côté. Leur teint cadavérique indiquait qu'ils étaient morts depuis un certain temps. Pour autant, les marques de putréfaction n'étaient toujours pas apparues. Tout au plus, étaient-ils ainsi depuis une dizaine d'heures. Une odeur de bois brûlé était ancrée dans la pièce, légère ; qui se mariait avec celle d'une soupe. Elles avaient pris le temps de se dissiper. Au niveau de la cheminée, les bûches avaient été totalement consumées, laissant un chaudron encore plein d'un ragoût désormais froid. Sur la table, des assiettes d'argile étaient servies, avec du pain. L'habitation modeste, elle se composait de deux chambres, d'un atelier avec le matériel de tannerie et d'une cuisine ; avec en prime un grenier où étaient entreposés le bois, les grains et les légumes. La tannerie n'était guère rangée. Si les produits étaient encore incomplets dans leur confection, ils montraient que les tanneurs de cette maison étaient à la moitié du processus pour leur présente commande. Lesdits corps étaient une femme et un homme, proches de la trentaine. La pièce d'où ils pendaient ne trahissait aucune trace de lutte. Tout était en ordre, à sa place. Sinistra était libre d'interpréter ces éléments dans sa logique propre.




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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Ven 5 Aoû - 23:24
Comme si la parole d’Agnès avait été un fleuve retenu trop longtemps par un barrage, ce dernier semble s’être brisé à l’instant où je lui ai proposé de me rendre chez elle pour m’assurer du sort de sa famille.
Avec un luxe de détails, elle entreprend de m’expliquer où se situe sa maison et comment la trouver.
Pour moi qui connais Constantinople comme ma poche, autant dire que je vois tout à fait où elle vit, pas très loin de l’endroit où je l’ai remarquée au final.
Rien d’étonnant vu l’état second dans lequel elle se trouvait, elle n’aurait pas pu aller bien loin de toute façon.
Doucement je repose ma main sur la chevelure de la petite après son flot de paroles.


- Je n’aurais pas de mal à trouver avec toutes les informations que tu m’as données. Repose-toi pendant que je me rendrais sur place.

Je la fais se rallonger afin qu’elle dorme un peu, il commence à être tard dans la nuit et un peu de sommeil lui fera le plus grand bien.
Après avoir remonté la couverture sur elle, je quitte le dispensaire et à peine la porte franchie, je tombe nez à nez avec la Mère Supérieure.
Sa présence ne me surprend guère, je suis sûre qu’elle s’inquiète pour cette enfant autant qu’elle s’en méfie.


- Vous avez tout entendu, je présume ?...

Elle hoche la tête et alors que je me saisis de mon manteau pour reprendre le chemin des rues de Constantinople, sa voix me retient.

- Je ne sais pas si c’est ton cauchemar ou le sort de cette enfant qui te hante Sinistra mais il faut te reposer.

Un sourire amusé se dessine derrière mon masque, elle n’a pas tort au sens où je suis restée sur mes gardes ces derniers jours suite à ce cauchemar et je commence à être fatiguée suite à tous ces jours en alerte.
Mais il n’est pas question de reculer maintenant que je peux avoir des réponses à mes questions et il y a une autre raison que j’expose à celle qui m’a élevée en agrafant mon manteau :


- Je ne pourrais pas me reposer sereinement avant d’avoir le cœur net sur ce qui est arrivé à cette petite. Veillez sur elle pour moi, vous voulez ?...

A peine a-t-elle hoché la tête que je me dirige vers la porte dérobée dans la muraille du couvent afin de rallier les rues de la Cité des Dômes au cœur de la nuit.
Je préfère les ténèbres pour me mouvoir sans être remarquée dans la ville et c’est donc à la lueur de la lune que je parviens devant la demeure indiquée par Agnès.
Prudemment je me dirige vers la porte et je ne suis pas vraiment surprise de constater qu’elle est ouverte : désorientée comme elle était, la petite n’était certainement pas en état de fermer la porte derrière elle.
Je pousse le panneau de bois… et la première chose que la Lune éclaire crûment, ce sont deux cadavres au bout de leur corde qui se mettent à se balancer doucement sous l’effet du courant d’ait que la simple ouverture de la porte génère.

Mon masque m’empêche de recevoir toute odeur de putréfaction mais ils ont l’air de s’être pendus tout récemment.
Avant de pousser plus avant, je repousse la porte derrière moi pour ne pas être importunée par un quelconque curieux et je vais allumer une bougie sur le manteau de la cheminée afin de pouvoir examiner les lieux.
Mon regard s’assombrit en levant les yeux vers les corps pendus au plafond, un homme et une femme d’une dizaine d’années plus âgés que moi, les parents d’Agnès sans le moindre doute.
La table est dressée et la première chose que j’ai remarquée en allumant la bougie était la marmite remplie d’un ragoût sur un feu désormais éteint.


- Qui se suiciderait au moment de se mettre à table ?...

Quand on se décide à mourir, je pense que préparer à manger est le dernier des soucis, on passe sa corde et l’affaire est réglée ou alors si on prend la peine de préparer un dernier repas, on le prend avant d’en finir.
Je trouve pour le moins ce double suicide très étrange, d’autant plus qu’à mesure que j’examine la pièce je constate qu’il y a un autel où se mèlent effigies des anciens dieux et reliques dédiées au dieu unique.
Des personnes croyantes ne commettent normalement pas ce genre d’actes et quels parents en finiraient avec la vie en abandonnant leur enfant alitée ?...
Je poursuis mon exploration de la demeure, trouverais-je plus d’explications là où Agnès dormait ?...

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Message Re: [Mi-juillet 550] Devoir et caprice [pv Sinistra]   Mar 9 Aoû - 4:02
Sinistra pouvait s'étonner de ne rien trouver de notable dans la chambre d'Agnès. Tout juste y avait-il son lit – la couverture relevée et le tissu imprégné d'une odeur de sueur – ainsi que quelques affaires ayant appartenu à la petite. Celles-ci étaient entreposées dans un petit coffre, ne contenant que quelques vêtements, un chapeau de paille et des rubans de couleur. Sur son chevet, une croix en bois avait été taillée et attachée à un fil de sorte à en faire un collier ce qu'il y avait de plus modeste. L'objet ne souffrait d'aucune imperfection ni de trace d'usure.

*

Au sein du couvent, Agnès se faisait rattraper par la fatigue. Quand bien même elle était demeurée de longues semaines alitée, elle payait d'avoir consommé autant d'énergie en si peu de temps. Aussi devait-elle rapidement trouver le sommeil après avoir toisé le vide pendant quelques minutes. Depuis son réveil, la fièvre s'était totalement dissipée, et un regard expert pouvait espérer qu'il n'y aurait pas de rechute. En effet, les conditions étaient réunies pour lui permettre de récupérer : un environnement relativement protégé de la morsure du froid ainsi qu'un cadre calme ne distrayant pas l'esprit de sa guérison. Sous cette bâtisse, elle était en sécurité.

Cependant, le problème allait venir non pas de l'extérieur mais d'elle même. Pendant qu'elle était endormie, nul songe ne se manifestait. Comme si son subconscient s'était habillé d'un voile noir. Tout au plus pouvait-elle percevoir des couleurs oniriques se mêlant dans une abstraction telle que l'on pouvait en apprécier sous l'effet de l'évanouissement. Cette impression se rapprochait de l'engourdissement, jusqu'à ce que ce mur chimérique se fracture brutalement pour lui imposer la vision d'un visage autant familier qu'inconnu juste sous ses yeux. Celle-ci demeurait le temps d'un frisson, empêchant toute mémorisation. Tout ce qu'elle retenait était les prunelles émeraudes d'une enfant, auxquelles étaient attachées un sentiment de menace.

Agnès se réveille dans un soubresaut. L'espace d'un instant, il lui a semblé qu'un corps se tenait suspendu juste au-dessus d'elle, la toisant et s'apprêtant à agir. Ignorer la nature de la menace met Agnès dans un état de panique. Ses yeux balayent la pièce avec nervosité. Compulsivement, elle regarde autour de son lit, et même dessous, persuadée de la présence d'une entité à proximité. Par moments, il lui paraît voir un mouvement non loin de son angle mort, de sorte à la confiner dans un sentiment de terreur. Soudain, sentir sa main effleurée par quelque chose. Dans un tressaillement, Agnès se tourne vers l'origine de cette caresse, chassant sa main de là pour la rabattre sur sa poitrine. Son souffle est court et son battement cardiaque si intense qu'il lui est donné de l'entendre comme un tambourinement.

Alentours, aucun bruit. L'obscurité de la pièce nourrit l'angoisse d'être épiée à son insu. De plus en plus, il lui semble percevoir une ombre au coin de la pièce ; une ombre dans laquelle se dissimule quelque chose de monstrueux. À ce moment, un sifflement de plus en plus aigu se manifeste dans ses tympans. Tout va pour lui faire ressentir le danger, jusqu'à l'amener à se précipiter vers la porte en vue d'y échapper. Néanmoins, une silhouette l'arrête, celle d'une femme qu'elle voyait pour la première fois. De longues minutes d'attention sont nécessaires pour réussir à la rassurer sur son cauchemar, et la convaincre de retourner se reposer. Raccompagnée vers sa chambre, cette impression oppressante s'était dissipée, laissant la petite dans sa perplexité. Se retrouvant de nouveau seule, elle demeurait méfiante un long moment, avant d'enfin s'endormir pour de bon.




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