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Mars 553 AD (Jusqu'à la fin de l'Event)
 
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 [RP de transition - Janvier 553] La renaissance du Cycle

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CélestiaCélestiaArmure :
Héron de Notos (Sud et Été)

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Message [RP de transition - Janvier 553] La renaissance du Cycle   [RP de transition - Janvier 553] La renaissance du Cycle EmptyVen 1 Mai - 17:17
« Ecoute, ô Muse, le murmure du Héron,
Quand le Soleil meurt à l’horizon.
Je vais te conter l’Histoire,
Celle qui est cachée,
Les luttes de pouvoir
Entre les Eveillés.
»

La pluie battait au-dehors, et elle grelotait de froid en ce matin de janvier, ses chevilles couvertes de boue. Il avait fallu qu’elle coure pendant plus de vingt minutes pour ramener toutes les brebis échappées de l’enclos et elle était si trempée que ses maîtres l’avaient envoyée s’occuper de Julius Equum, le magnifique cheval à la robe dorée qui faisait la fierté de la villa.

« Il était un temps où la Tour dispensait ses rayons et ses brises, et en ce temps nul ne pensait ses fondations ébranlables. Dans ces jardins poussaient des fleurs et des arbres jamais imaginés autre part. Ses guerriers ressemblaient à des œuvres vivantes et dans leurs pas brillaient la clarté d’un nouveau lendemain, mais aussi l’ombre d’hier. »

Elle dut s’arrêter pour souffler sur ses mains gelées, le cheval pressant son flanc contre elle pour partager un peu de sa chaleur. La bête ne s’était jamais aussi bien portée qu’avant qu’on lui assignât cette servante, belle quand elle n’était pas couverte de crottin et lettrée si on daignait lui poser des questions d’ordre réellement intellectuel.

« Le grand Loup promenait son ombre sur les murs blancs, ornés des fresques et de chansons. Dans son sillage pâlissaient les étoiles, car c’est la Chasseresse en personne qui l’avait maudit. Il errait et protégeait.
Le rusé Serpent distillait son venin tant pour piquer le parvenu que pour guérir l’innocent. A ses pieds le sol pouvait pourrir, ou dans son regard le salut pouvait poindre.
»

Un éternuement. Elle bossa la brosse dure et la brosse douce. Il fallait maintenant récurer les sabots, vérifier que le matériel tiendrait encore un mois ou deux. Au moins ici pouvait-elle déclamer à son aise : tant que l’orage tonnait, personne n’entendrait, et aucun des maîtres ne viendraient la chercher. Elle soupira.

« Ecoute le chant du Merle, ô Muse, qui traverse les mondes et guide les âmes. Il est jeune. Il est rouge. Il peut te guider quel que soit le chemin que tu empruntes, dans la mort comme dans la vie. Il appartient au Sidh, et le Sidh lui confère son pouvoir.
Ecoute le chant de l’Epervier, ô Muse, qui étend son ombre gigantesque pour te prendre dans ses serres et offrir tes entrailles à la Lumière. Il lacère sans remord, mais il sait aussi honorer. C’est lui que l’Augure avait désigné. C’est lui qui abritait une double vie.
»

Un peu de grain dans l’auge, de la paille fraîche. Les cuirs neufs des sangles et de la selle ne présentaient pas de défaut, les fers seraient à changer après la prochaine parade autour de la ville. Tout à coup, une voix qui appelait par-delà la pluie, de toutes ses forces :

« Célestia ! Célestia ! Mère t’ordonne de rentrer sinon tu auras des coups de fouet ! »

Elle hoqueta de surprise.

« Ecoute, ô Muse, les voix endormies du Faucon et de l’Augure, du Condor qui ne peut voir.
Ecoute la complainte du Héron,
Dans sa cage sans barreaux,
Qui s’échine jour après jour.
Ecoute l’Oracle, sa mission,
Sa servitude tour à tour,
La Princesse des oiseaux.
»

Elle courut aussi vite que lui permettaient sa robe mouillée et ses sandales sur le sol glissant. Elle vit l’enfant attendre sur le seuil de la porte ouverte. Le garnement lui tira la langue, elle perdit l’équilibre, s’effondra de tout son long. Il s’esclaffa et rentra à l’intérieur en s’époumonant sur la maladresse de l’esclave qui allait encore finir battue. Elle se releva tout de même. Crasseuse et humiliée.
Depuis plus de trois mois, c’était devenu son quotidien. Depuis la chute de la Tour et la sienne.

Lorsque c’était arrivé, lorsque les Byzantins avaient forcé les portes, certains avaient choisi de se battre, de gagner du temps pour les autres. Lykeios en première ligne. Elle se souvenait encore de l’avoir aperçu en train de mordre et de griffer dans toute sa rage, couvert de sang. Dans ses moments de solitude elle avait décrit aux Muses combien ce sacrifice avait été précieux. Il avait permis aux nymphes de s’enfuir. Les esclaves humains s’étaient rendus, mais elles se seraient juste fait massacrer si elles avaient suivi le même chemin, images vivantes de l’hérésie païenne aux yeux des Romains bons chrétiens.
Asclépios avait grondé d’une rage encore plus intense qu’à Kiev. Tous ceux dressés face à lui avaient fini tellement défigurés que personne n’était en mesure de les identifier. Guérisseur dans sa Lumière, il les avait inondés de maladie dans ses Ténèbres.
Et puis la Gardienne avait détourné le regard pour assurer sa propre survie. Pour donner de la valeur à leur mort. Elle avait volé de toutes ses forces, redoublé de vélocité au-dessus des toits, jusqu’à ce que le Héron mourût à son tour. En plein vol, la chlamyde s’était fracturée brusquement, alourdie. Avant de réaliser, Célestia percutait le haut d’un toit, tombait d’un étage sur un balcon, puis le rebord de l’atrium juste en-dessous. L’un de ses bras, raide comme revenu à son état de statue, ne lui obéissait plus et ses sens confus l’empêchaient de percevoir son environnement. Mais elle s’en moquait. Le Héron venait de mourir. S’évapora en étincelles de Lumière afin de faire corps avec l’astre solaire à nouveau. Apollon, scellé.

« Boréas… Père… »

Ce n’était qu’une pauvre fille tombée d’un toit dans la cour d’une auberge. Puisque personne ne la ramassait, eux s’en chargèrent. Ils la connaissaient.
Qui prêtait attention aux mendiants ? Elle. Qui leur offrait à manger, ainsi qu’aux chats errants ? Elle. Qui dansait dans la cathédrale alors que son humeur était triste comme les pierres ? Elle. Qui, encore, partageait sans mesure ses sourires et sa bonne humeur ? Elle. Alors ils la prirent et l’emmenèrent au fin fond d’une ruelle sombre et sale, où personne d’autre que des mendiants et des hommes ivres morts ne se rendaient jamais.
Etrangement, son bras cassé ne saignait pas. Cela tombait bien car aucun d’entre eux n’aurait su panser une hémorragie. Elle devait avoir mal, mais ne se plaignit jamais. Elle devait avoir peur, mais c’était leur quotidien. Alors, quand elle se réveilla après avoir succombé à la douleur, ils lui offrirent des mots de réconfort, des étreintes maladroites et bienveillantes, des soins de fortune et tout ce qu’ils pouvaient partager. Elle craqua. Pleura. Longtemps. Plusieurs jours. Toute une semaine.
Quand elle n’eut plus de sel à verser, son éclat terni par la perte immense, elle regarda enfin autour d’elle le changement survenu dans son monde. Athéna. Les Saints. A quel moments les serviteurs du Soleil avaient-ils menacés la survie de la race humaine, à quel moment avaient-ils mérité un tel sort de la part de la Stratège ? Et pourquoi n’avoir pas commencé par des pourparlers ?
La nymphe découvrit alors une nouvelle émotion : la haine. Et elle savait contre qui la diriger. Mais de guerrière on ne pouvait la qualifier, aussi opta-t-elle pour une approche qu’elle connaissait déjà. Des mendiants autour d’elle elle fit ses alliés. En échange de toutes ses fois où le Héron leur avait tendu la main, ils acceptèrent sans hésiter de devenir ses nouveaux Moineaux, de former une armée d’yeux et d’oreilles qu’elle pourrait utiliser pour rebâtir ce qu’on avait détruit. Elle les baptisa les Colibris, qu'elle rendrait légers, rapides et insaisissables. Elle les initia au secret d’Apollon, Mythras, Dieu. Elle leur parla du cosmos, leur montra juste de quoi les convaincre sans se faire repérer. Guérit des blessures et soigna des cœurs meurtris. Elle leur apprit la valeur d’une information, comment trier le bavardage inutile et les détails précieux.
Bientôt, elle sut comment la Tour avait été renversée, et où l’Augure se trouvait retenu. Il avait entamé son Itinérance et elle ferait de même, car même scellé, elle demeurait la dernière Gardienne animée d’Apollon pour l’heure. L’occasion d’avancer se présenta d’elle-même.

Un soir, un noble patricien s’égara dans les ruelles, plus très sobre. Au milieu des pouilleux et des malades, il la vit et tomba sous le charme tissé des mains d’Apollon dans sa chair. Elle fit mine de résister. Ses complices aussi, mais ils savaient à son regard qu’elle se laisserait emmener, car l’homme, à ses atours, semblait riche. Il était gras, bien habillé, et arrivait d’un quartier tout aussi riche, aux senteurs décadentes.

Lorsqu’il la ramena dans sa villa, elle sut qu’elle obtiendrait les moyens de son entreprise. Tout d’abord elle ne dit rien et observa, ainsi que le silence d’Apollon lui avait enseigné. La matrone refusa de prendre une esclave : ils avaient certes de l’aisance, mais pas au point d’entretenir une bouche supplémentaire. Il la gifla et se fit gifler à son tour, car si au-dehors possédaient tous les droits, c’était elle la domina à l’intérieur. Il obtint de garder la belle esclave, qui montrerait au monde combien ils étaient puissants et riches, en échange de la promesse de ne plus retourner au lupanar. Il n’y aurait qu’elles : la femme, et l’esclave. Au regard de ses dépenses, le compromis trouva écho dans la maisonnée.
Plus tard, lorsqu’ils découvrirent son aisance avec les animaux, et sa science du jardin, des langues, des plantes, de la médecine, ils s’estimèrent chanceux. Le mari lui ordonna de ne chanter que pour lui, jusqu’à la fin de ses jours, complètement séduit. Elle ne répondit jamais aux questions sur ce qu’elle faisait dans cette ruelle parmi les mendiants, mais tant qu’elle restait sous leur coupe ils s’en fichaient. Ils lui confièrent même leur enfant et celui-ci se mit en tête de lui rendre la vie impossible, par simple sadique.
Un soir, le mari céda au vin. Il arracha l’innocence de Célestia, et pour punir son infidélité, la matrone la battit jusqu’au sang. Et cela devint une norme. Il se plaisait dans la luxure. Elle se plaisait dans la colère. Le gamin se plaisait dans la méchanceté.

« Mère ! Mère ! Célestia met de la boue partout ! Il faut la battre ! Il faut encore ! »

En échange de ce traitement, le Héron déchu récupérait un certain confort : un lit, de quoi écrire, de quoi tisser, à manger, de quoi créer selon les arts de son père. Toujours Gardienne, elle écrivit en sa mémoire tous les événements importants qui lui parvenaient par ses Colibris lorsqu’elle se rendait au marché ou sortait pour une raison ou l’autre.

« Cesse de hurler Marcus ! Je vais la battre, oh que oui. Et si tu es sage, je te laisserai donner le premier coup. »

Célestia s’arrêta sur le seuil. L’horrible garçonnet vint la narguer de plus belle un instant, puis s’arrêta en fronçant les sourcils. L’esclave n’avait pas ce regard d’ordinaire. Elle était soumise et docile d’habitude, pas là.

« Baisse les yeux Célestia, ou je le dis à Mère. Tu n’as pas le droit de toiser tes maîtres.
-Et tu penses que tu es mon maître ?
-Que… ! Mère ! MERE, CELESTIA EST INSOLENTE ! »

La matrone apparut d’une autre pièce, un fouet à la main et le regard mauvais. Elle allait la punir et…

« Qu’est-ce que c’est que cette lumière ?!
-Votre punition, ainsi que Dieu le décide par ma main. »

Le fouet s’enroula autour de l’avant-bras du Héron, qui tira dessus sans tenir compte de la douleur. Surprise et déséquilibrée, la Romaine bascula vers l’avant et se retrouva allongée à ses pieds, dans une position qui n’avait rien de digne. Célestia ramassa alors le fouet et le tendit entre ses mains. Le gamin hurla et alla chercher son père. Dans l’intervalle il entendit pour la première fois des cris de douleur qui n’étaient pas ceux de l’Oracle.

« L’aube perdit sa Lumière
En proie à une juste colère.
Souillée et humiliée,
Inondée de regrets.
»

Le mari revint précipitamment, bombant le torse pour se donner un air imposant tandis qu’il faisait face à une esclave auréolée d’une lumière surnaturelle. Sa femme, au sol, avait le dos en sang et s’était évanouie sous le coup de la douleur.

« Il suffit maintenant ! Pose ce fouet ou bien tu auras affaire à…
-Un porc.
C’était le juste mot
Entre les lèvres de l’aurore
Et il le regretterait bien tôt.
»

Elle lâcha le fouet et s’approcha dans un souffle du Romain. Elle se souvenait encore de ses immondes grosses mains sur sa peau délicate, de son souffle rance, de son air lubrique. Il la gifla. Elle sourit. Animée par un feu étranger, elle s’empara d’un buste en marbre et le lui écrasa sur le pied. Il s’époumona de douleur tandis qu’elle saisissait une dague décorative, qu’elle dégaina aussitôt. L’homme recula, se trouva dos au mur. Dans un élan de courage, il l’agrippa par le bras. Célestia se débattit et sa robe miteuse se déchira, révélant les bleus, les marques de coups, de fouet, les divers sévices qu’on lui avait administrés. Elle n’hésita pas une seconde et sa main descendit entre les cuisses du misérable, pour sectionner le peu de fierté qu’il lui restait. Il s’égosilla sous la douleur et se laissa choir. Pour le faire taire, elle lui fit avaler sa propre chair jusqu’à ne plus entendre un seul bruit de son écœurante petite laideur.

« Et il y avait l’enfant.
Tantôt cruel, tantôt innocent.
Ses yeux dévoraient
Leurs derniers instants de beauté.
»

Le gamin détala sans demander son reste, plus aucune trace de provocation dans le regard. Elle le coinça au coin d’un couloir, le souleva du sol sans aucun effort. Il donna des coups de pieds dans sa poitrine, tira ses cheveux, hurla jusqu’à ce qu’elle refermât une main sur sa gorge suffisamment fort pour le faire taire.

« Si tu avais été un bon garçon Marcus, je t’aurais laissé tranquille. Mais l’Histoire l’a prouvé : on récolte ce que l’on sème. Voici ma clémence à ton égard. »

Le feu de l’esclave devint si lumineux qu’il ne vit plus rien. Quand la douleur s’estompa, qu’il reprit plus ou moins connaissance, elle libéra sa gorge et le laissa tomber sur le sol. Il pensa qu’après un moment le monde reviendrait à son état normal, comme quand il tombait de cheval, alors il attendit en tremblant. C’était la première fois qu’elle l’entendait sangloter et elle savoura ce son si doux tandis qu’elle allait récupérer dans les affaires de la matrone de quoi se laver et se changer une bonne fois pour toutes. L’enfant, lui, ne trouvait pas ça drôle du tout. Il n’avait même plus d’yeux pour pleurer.


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Qu'était-elle devenue ?

La question la frappa en croisant son propre regard dans le miroir personnel de la maîtresse de maison. Elle y vit de la peine, de la douleur, et de la solitude. Elle n'était plus la Lumière de l'Orient, annonciatrice d'espoir et de nouveaux lendemains, mais quelque chose d'autre. Il y avait bien sûr toujours un éclat inextinguible en elle, une flamme que ne mourrait que si le Soleil lui-même le désirait, mais éclipsé par l'épreuve qu'elle devait surmonter.

Eclipse.

Elle arracha les derniers morceaux du haillon qui la couvraient, révélant sa nudité la plus pure à ce miroir porteur de vérité. Elle trouva l’œuvre du dieu des Arts sous les marques, une inaltérable perfection que même ces dégénérés de patriciens n'avaient su effacer. Et cela lui apporta un certain réconfort. Pas de savoir qu'elle pourrait encore plaire, qu'on la dévisagerait encore et encore, mais que malgré tout ce qu'elle pourrait endurer, elle demeurerait Célestia, la Gardienne. Célestia, fille de la main d'Apollon. Elle comprit aussi que ce qu'elle avait calculé, cette existence fade et illusoire au sein de la villa romaine, n'attirerait jamais les faveurs des Muses. Son Art à elle, c'était sa Lumière intérieure, sa vérité, ses sentiments et sa douceur. Peu importait ce qu'elle devait créer, qu'elle le fît dans l'aisance ou la pauvreté, elle ne le sublimerait qu'en y mettant tout son être.

L'Aurore avait connu une fin. L'éclipse d'un âge. Désormais, on la connaîtrait sous l'apparence d'un soleil caché, capable d'étreindre les plus beaux jours et de dormir le reste de l'année.

"Au travail."

Emplie d'une détermination nouvelle, elle acheva ce pourquoi elle était venue dans cette chambre : une fois propre, sa peau retrouva aux endroits où elle n'avait pas été touchée le blanc porcelaine caractéristique de son teint naturel. Ses cheveux furent de nouveau aussi dorés que les blés mûrs en été. Elle enfila une toge romaine aérée et laissa les bijoux éparpillés au sol dans une totale indifférence. Enfin, elle se saisit d'une paire de sandales et quitta la pièce.

Les parents gisaient toujours au sol, inconscients et meurtris. Marcus cherchait à tâtons à se déplacer. En entendant ses pas revenir près de lui, il se recroquevilla sur lui-même en geignant. Elle prit pitié et s'accroupit près de lui avec la légèreté d'une plume.

"Marcus ?
-AH ! Pitié ! Pitié ! Célestia je m'excuse !
-Tu as reçu ta punition. Comprends-tu pour quelle raison ?
-Je t'ai fait du mal... Je me suis moqué... J'ai voulu qu'on te batte pour le plaisir... J'ai fait exprès de te dénoncer... Je... Je...
-Faute avouée est à moitié pardonnée. Je ne te ferai plus rien. Je vais partir Marcus. Veille à ce qu'eux aussi retiennent la leçon.
-Ils... Ils sont vivants ? Tu ne les as pas tués ?
-Non. Ils ont été assommés par la douleur. Ils se réveilleront dans quelques heures, je pense.
-Et mes yeux... ? Je vais guérir Célestia ?
-Non. Tu as vu des choses qu'il ne fallait pas. Maintenant écoute : je vais préparer un onguent pour vous. Je le déposerai près de toi. Quand ils se réveilleront, il faudra vous soigner avec. Ce ne sera pas du poison, je ne veux pas vous tuer. Disons que c'est une compensation pour les ressources auxquelles j'ai eu accès ici.
-Où tu vas partir ? Est-ce que tu... reviendras ?
-Non. Ne cherche pas à savoir, Marcus. Adieu."

La Gardienne souleva l'enfant sans résistance de sa part et le posa sur une chaise qui lui serait familière. Sans plus prononcer un mot ni répondre à ses questions, elle exécuta ses propres instructions et s'assura que la famille survivrait.

Lorsqu'elle en eut terminé, elle se dirigea vers l'écurie, où elle avait caché tous les parchemins consciencieusement rédigés au fil des jours avec l'aide des Colibris. Elle les empaqueta soigneusement et prit un sac solide de grande qualités pour les protéger des intempéries. Dans un autre, elle amassa quelques vivres, puis elle sella le cheval.

Julius Equum semblait ravi de quitter les lieux et le lui fit savoir dans sa langue avec un plaisir non-dissimulé. Elle le mena au-dehors, et trouva devant l'enceinte de la villa l'un de ses protégés. A son expression, elle devina qu'il avait entendu les cris et s'inquiétait pour elle. Un éclatant sourire le rassura.

"J'ai l'intention de libérer les Moineaux de la Tour et récupérer l'Augure. Je ne sais pas combien de temps cela prendra, ni quels moyens je devrais employer, mais j'y suis résolue. Fais passer le mot. Que tous ceux qui souhaitent me suivre se dirigent vers la porte Nord. Je ne vous en voudrais pas si vous décidez de rester. Plus encore, si vous pouviez continuer d'observer pour moi, je saurai faire preuve de reconnaissance. Je guiderai ceux qui me suivront vers la Lumière. Et ce jour, j'aurai un entretien avec les Muses. As-tu tout retenu ?
-Oui. Libérer les esclaves, l'Augure, la porte Nord.
-Bien. Alors va. Que les vents te portent haut et que la Lumière te guide mon ami. Nous avons beaucoup de travail devant nous.
"

Avec un clin d’œil, Célestia laissa tomber une petite bourse près de lui puis enfourcha sa monture. Le cheval partit au petit trot tranquillement, mené dans les ruelles les moins passantes de Rome.

*

A l'heure dite, elle trouva une trentaine de mendiants disséminés aux alentours de l'endroit indiqué. Adoptant leurs places habituelles, ils n'avaient pas attiré particulièrement l'attention des gardes, et les voir partir vers des espaces ombragés alors que le soleil avait remplacé la pluie battante ne les étonna pas plus. La journée était exceptionnellement lumineuse pour un mois de janvier et Célestia y vit le présage le plus favorable possible. Quand ses ouailles se furent réunies à l'abri d'une forêt, bien loin des murs et des collines de Rome, elle leur accorda une pause bienvenue, partagea ses vivres et s'occupa du cheval un moment.

Elle finit par se lever sans un mot et se dirigea au centre d'une clairière circulaire qu'elle avait choisie pour sa vastitude, son sol régulier tapissé d'herbe tendre et son isolement. Les hommes la regardèrent en silence, conscients tout à coup que quelque chose allait se jouer.

La nymphe ôta ses sandales, inspira l'air hivernal et tendit les bras vers l'incarnation symbolique de son père.

"Écoutez, ô Muses, les guerres, les joies, la fin des cycles et le début de nouvelles Ères.
Écoutez et voyez, car dans le vent voleront bientôt de nouveaux espoirs, de nouvelles ambitions.
Écoutez le chant du monde et des saisons, l'Histoire et l'avenir.
Écoutez le Héron, admirez sa danse et sa chanson.
"


Elle y avait longuement réfléchi : elle se trouvait dans un territoire désormais sous contrôle ennemi. La tentation de peindre avec le sang des trois Romains le tableau de la Lumière vengeresse l'avait effleurée, mais il valait mieux qu'elle ne laissât pas trop de traces de la présence d'une Oracle à Rome. Si sa propre existence constituait un morceau d'Histoire, comme elle pensait se vouer à Clio, il ne suffisait pas de simplement raconter pour convaincre les Muses. Alors elle avait repensé son support, ainsi que son passé.

Ce qui avait un jour charmé Apollon, Adalrik, Aedan et même Poséidon, c'étaient sa voix et ses danses. Et à bien y repenser, elle se sentait rarement plus vivante que lorsqu'elle faisait Un avec cette Nature qu'elle entretenait jour après jour. Nymphe, Gardienne, Fille, Évêque, Oracle, Aurore, Espoir, elle était bien des choses. Alors elle décida de le raconter à travers une danse et un chant venu du fond de ses tripes.

Elle ferma les yeux et laissa son corps se mouvoir à son aise, tandis que sa voix adoptait les accents offerts par le dieu des Arts à sa création. Elle chanta en latin, mais aussi en grec, en celte et en perse. Elle tissa une toile invisible dans l'air à base de petits pas, de grands, de demi-tours, de battements d'ailes et de brises. Elle se rêva héron haut dans le ciel et minuscule pousse au sol. Elle parcourut la Mare Nostrum et les Enfers. Elle pirouetta dans les batailles puis ralentit au pied du Roi Chêne. Elle appela le Sidh à travers le bracelet de fleurs à son poignet, et le Soleil au travers du pendentif que lui avait gravé l'ancien Augure.

S'il fallait sacrifier ce roi, j'emporterais d'abord sa plus belle branche, et je la planterais ailleurs, où il pourrait renaître. Je disposerais ses glands autour de lui et une nouvelle génération naîtrait alors. Dans son corps je taillerais les meilleures planches et je m'en servirais pour rendre hommage à Apollon et à Gaïa. Dans ses racines je graverais son histoire et je les conserverais précieusement. De ce qu'il resterait alors, je laisserais le temps achever de les faire mourir, et son humus nourrirait cette jeune pousse pour qu'elle grandisse sa force et sa sagesse.

Peu à peu, un voile de cosmos s'attacha à son sillage, laissant les mendiants complètement ahuris et émerveillés. Ils contemplaient une véritable étoile vivante, une œuvre en mouvement dont ils avaient à peine imaginé la surface. Le chant des oiseaux l'accompagnait, les petits mammifères de la forêt aussi, même les arbres semblaient s'agiter et le bruissement du vent l'entourer.

Alors, le miracle se produisit : progressivement, sans qu'on sache à quel moment cela commençait et finissait, des plumes vinrent s'ajouter le long de ses bras et ses jambes, des voiles, des plaques fines et belles, de l'or pur et de l'or blanc. La nouvelle chlamyde du Héron la recouvrit avec grâce et légèreté, mais elle continua de danser et de chanter encore et encore, transportée par un sentiment d'amour pur, de confiance et de chaleur.

Lorsque ses membres refusèrent de bouger davantage, elle se laissa tomber sur le sol, le regard tourné vers les cieux. Une quiétude nouvelle l'avait envahie : Apollon renaîtrait. Le nouveau cycle recommencerait.


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[RP de transition - Janvier 553] La renaissance du Cycle
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