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Février 553 AD (Jusqu'au 30 Septembre 2020)
 
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 Jardin secret [PV Esther - Début Février 553]

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AlastairAlastairArmure :
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Message Jardin secret [PV Esther - Début Février 553]   Jardin secret [PV Esther - Début Février 553] EmptyDim 19 Juil - 23:37
Le vent siffle. Le vent souffle. Le vent porte les grondements et l’haleine prenante d’une montagne vivante. Il était tôt. Très tôt. Même le Dédale était encore endormi, si tant est qu’une telle chose ait besoin de sommeil. Le fond de l’air était encore assez frais. Et il portait avec lui une mélodie à nulle autre pareille, alors que les premiers rayons brûlants du soleil commençaient à poindre par-delà les montagnes à l’horizon. Les nuages se teintaient de couleurs cramoisies et orangées, dessinant un tableau unique. Un tableau qu’il aimait admirer seul.

Indiscernable, tel une gargouille effrayante perchée sur un pic rocheux, il observait la scène en silence. Il portait de nouveaux atours, maintenant ; rien de bien fantasque. Il s’était contenté de rassembler quelques pièces amples et confortables. Aucun luxe, aucune richesse. Les cliquetis du métal et l’éclat de l’or lui auraient laissé une sensation désagréable. Il était un pauvre hère depuis plusieurs années maintenant, et il n’avait jamais été du genre à chercher l’éclat ou l’illusion de la richesse. Il avait déjà été vaguement important… il y a longtemps. Il n’en avait rien à faire à l’époque. Rien n’avait changé.

Ce qui avait changé, c’était le fait que ces levers de soleil étaient maintenant les seuls moments où la cacophonie tonitruante qu’il entendait en permanence dans son crâne s’adoucissait et se précisait assez pour devenir une réelle mélodie audible. Alors qu’il fixait les éclats du soleil levant, il pouvait entendre chacune de ses respirations. Chaque battement de son cœur. Et son esprit, d’habitude si cataclysmique, se calmait l’espace d’un moment. Il était en paix. Et il arrivait à se souvenir sans avoir l’impression que son crâne allait se fendre en deux. Se souvenir du bon, du mauvais. Du fantastique et du terrible. Et ainsi, statue immobile au sommet d’un pic rocheux, il fixait le soleil en se remémorant les mémoires d’un autre, car elles étaient les seules choses qui arrivaient encore à lui faire croire qu’il était humain.

« Ceileann searc ainimh ’s locht... »

Une série de mouvements attire son regard en contrebas. Quelques sous-fifres. Main d’œuvre générique, chair à canon utilisée par quiconque leur met la main dessus. Les soldats étaient traités avec un minimum de respect au Dédale. Les serviteurs, pour leur part, survivaient généralement moins de temps qu’il n’en fallait pour même tenter de leur accorder le respect. Ils n’étaient que des visages passagers, des expressions blanches et effrayées qui s’exécutaient en espérant que leur obéissance assurerait leur survie.

Ils montaient et franchissaient les Crocs du Dédale, chargés lourdement de sacs de toile sur leur dos. Ils étaient plusieurs, et portaient également planches, outils, et autres objets qui suffisaient à le rendre interrogatif. Que pouvaient bien faire ces énergumènes au sommet du Dédale à une telle heure? Une tentative d’évasion? Ils auraient du mal à arriver à leurs fins, sauf s’ils prévoyaient s’échapper en sautant à leur mort. Non, ils étaient là, sans doute sous les ordres de quelqu’un, pour faire… quelque chose. Un travail, un projet, une farce. Du haut de son perchoir, le Géant Gris était accroupi au sommet d’une formation rocheuse, penchant la tête avec une expression curieuse dans le regard, un mince sourire sur les lèvres.

« Marche forcée, au rythme d’un tambour invisible... »

Son sourire s’élargit, révélant peu à peu les crocs qui remplissaient sa bouche. Sa curiosité était piquée. L’humain était parti. La Bête resurgissait. Et la mélodie se distord encore une fois, en une cacophonie unique et magnifique.

La raison attendrait demain.


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Message Re: Jardin secret [PV Esther - Début Février 553]   Jardin secret [PV Esther - Début Février 553] EmptySam 25 Juil - 23:43
Depuis trop longtemps, Esther avait repoussé au lendemain son petit projet conceptualisé avec la Berserker de la Péri. Les semaines passant, cette dernière devait désespérer que la Tarentule tienne enfin sa promesse. Pourtant, ce n’était pas faute d’avancer par étape, consciencieuse. À dire vrai, se retrouver soudainement missionnée pour surveiller les citadelles du Siebenbürgen n’avait pas aidé à sa petite besogne, pourtant plus prometteuse que ce qu’elle pouvait retirer de ces conflits ennuyeux. Étrangement, l’Araignée ne possédait pas ce caractère belliqueux propice à faire couler le sang. Ou plutôt, ce dernier instinct se dissipait avec le temps. Pour un peu, elle en oubliait ses précédentes identités ; ses crimes. Sans doute était-ce pour cette raison que le commun la retrouvait désormais à aménager un potager au dernier endroit imaginable.

Du moins… aménager… Ce n’était pas avec ses petits bras qu’elle soulèverait les planches et ferait acheminer la terre dans les hauteurs de l’infrastructure de chair. D’une part, c’était trop fatigant. D’autre part, il ne fallait pas négliger la force de manœuvre des serviteurs d’Arès. Autant de personnes à qui la fillette n’avait pas demandé leur avis. Après tout… elle n’était pas non plus une sainte ! Et si certains se tuaient à la tâche, elle n’en ferait pas toute une histoire ! Mais bon, la simplicité de l’entreprise faisait que de toute manière, les chances d’y laisser sa peau pour mener à bien le chantier étaient risibles. Tout au plus lui fallait-il chercher un point de hauteur pour avoir un meilleur panorama sur ses ouvriers, dire de mieux les « superviser ». S’improvisant patronne, son défaut apparaissait dans les efforts qu’elle devait mobiliser pour simplement escalader les hauteurs d’un pic rocheux.

Ça, pour ne pas être athlétique… elle en était réduite à revêtir son armure pour se hisser en haut par l’intermédiaire de ses fouets métalliques. Autrement, sa constitution seule ne lui aurait jamais permis d’atteindre son objectif… pourtant bien banal pour n’importe quel éveillé. Usant de son don de discrétion, elle s’assurait en tout cas que personne ne la remarque. Car dans l’entreprise, c’était bien son véritable corps qu’elle exposait. Il fallait dire que la fille d’Arachné s’était servie trop intensément de sa projection astrale pour espionner l’autre citadelle… au point d’en tomber malade. C’était en tout cas la conclusion la plus plausible à ses yeux. Et puis… prendre l’air ne pouvait pas faire de mal. À voleter dans le ciel à la vitesse de la pensée, l’Araignée en avait oublié de s’arrêter pour contempler le paysage. Une activité qu’elle escomptait bien rattraper, enlevant sa cuirasse pour l’enfermer dans ce petit collier qui tenait autour de son cou.

Vêtue d’une simple robe paysanne, Esther avait la peau cendrée, les prunelles orangées illuminant doucement dans l’obscurité ainsi que des cheveux de jais. Une fillette lugubre, semblant tout droit sortie de l’âge de raison et qui perdait son regard à l’endroit même où travaillaient ses marionnettes. Un petit travail nécessitant beaucoup de sa concentration, car chaque geste de ses manouvriers lui appartenait. D’ailleurs, elle s’étonnait de son aisance à manipuler autant de mouvements complexes chez tant de sujets, tout en leur donnant l’apparence d’être conscients d’eux-mêmes. D’où lui venait ce talent ? Comme d’accoutumée, ses réminiscences échouaient à y répondre. Tout au plus se souvenait-elle d’une famille… les visages vagues. Des ombres. Quelques sentiments qui s’emmêlaient, voire se confrontaient. Autant d’impression capables de lui arracher des frissons désagréables. Ce pourquoi elle ne s’éternisait jamais très longtemps sur ses introspections.

À ce titre, une autre impression venait la sortir de ses pensées. Non très loin… derrière ? Quelque chose. Il y avait quelque chose tout près. Se retournant, la Tarentule trouvait une étrange forme imposante. Une statue ? Bizarre… elle ne se souvenait pourtant pas d’en avoir déjà vu à cet endroit. Après, les énergumènes ne manquaient pas dans la citadelle de chair, si bien qu’Esther ne serait pas surprise qu’y compte un artiste aux goûts particuliers. Quand même… pour imaginer ça, il fallait vraiment ne pas être sain d’esprit. Il fallait être un Berserker, quoi. Avec la curiosité d’une enfant, la Tarentule se rapprochait de cette sculpture. Grimpant sur son dos, elle se dit qu’à cette hauteur, la vue serait encore plus belle. Et puis, la technique ayant permis d’échafauder une pareille création l’intriguait de plus en plus. Tenant ces cheveux noirs entre ses mains, ça avait l’air bien réaliste. Quelle technique avait pu être utilisée pour parvenir à ce résultat ? Puis ces yeux, comment étaient-ils faits ? Ainsi, s’accrochait-elle à l’épaule de cette chose, cherchant péniblement à atteindre de ses doigts un œil de ce qu’elle pensait n’être qu’une statue. De sa position, ses appuis étaient loin d’être assurés. Aussi suffirait-il d’un rien pour la voir perdre l’équilibre et tomber piteusement. Définitivement, ce n’était pas une athlète.


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Message Re: Jardin secret [PV Esther - Début Février 553]   Jardin secret [PV Esther - Début Février 553] EmptyJeu 30 Juil - 2:14
Il n’avait pas tout de suite entendu la nouvelle partition qui s’était ajoutée au concert de son crâne. Une série de notes douces, timides. Presque effacées, et du coup à peine perceptibles entre les autres couplets. Comme si elles n’avaient pas osé s’avancer. Mais à mesure que les secondes passaient, il les avait remarquées, ces petites notes agiles.

Il renifle l’air. Longuement, profondément. Il ferme les yeux, laissant les fragrances et les odeurs ambiantes l’envahir tel un chien de chasse. Un parfum tout aussi subtil, tel une petite fleur perdue au milieu des restes d’un champ de bataille. Ce qui l’intriguait d’autant plus, car il ne reconnaissait pas les traits communs qu’il avait rapidement appris à associer aux autres occupants du Dédale depuis son arrivée. Qu’elle soit affichée, contrôlée, refoulée ou quoi que ce soit d’autre, une chose qualifie tous les Berserkers d’Arès, autant qu’il puisse s’en rendre compte : la soif de sang. Tous avaient l’odeur caractéristique des prédateurs. Une feinte odeur de sang séché, peu importe à quel point ils pouvaient se gratter sous les ongles pour s’en débarrasser. Une animosité, une adrénaline latente. Les combattants d’Arès étaient bien ça ; des combattants. Et ils en avaient jusqu’à l’odeur.

Quelque chose tire sur ses vêtements. Ses yeux se rouvrent doucement, alors qu’une petite forme frêle semble faire son chemin sur ses jambes, son dos, jusqu’à ses épaules. Le sourire sur son visage s’élargit peu à peu, alors qu’il reste immobile sous la petite chose qui se sert de lui comme élément d’escalade. Il avait trouvé d’où venait l’odeur.

Des petites mains, fines et prudentes, jouaient dans ses cheveux quelques instants, jusqu’à ce qu’il sente le poids menu de sa visite impromptue se transférer plus avant sur son épaule droite. Quelques petits grognements d’effort, des doigts qui tâtent sa joue comme s’ils cherchaient à atteindre quelque chose. Même l’orchestre qui prédominait dans son esprit semblait s’adonner à la dimension légèrement comique de la chose. Il en aurait ri si ça n’avait pas risqué de gâcher trop vite l’effet de surprise. Les doigts s’avancent, tâtonnent, se tendent centimètre par centimètre...

Et un claquement de langue retentit.

Laissant siffler une longue langue reptilienne qui retourne rapidement derrière ses crocs, le géant gris tourne enfin la tête. Lentement, Presque machinalement. Un regard espiègle et un sourire carnivore étirant ses traits. Son regard croise finalement celui de sa petite visiteuse, alors que son index replié soulève un instant le menton de celle qu’il dévisage avec intérêt.

« Agile, subtile... » son index laisse aller le menton, et se déplie pour aller mettre une faible pichenette sur le nez de la petite. « ...et tactile. »

Un bref rire rauque se fait entendre dans la gorge de l’énergumène, alors que son regard prend le temps de detailer plus avant son interlocutrice impromptue. Petite, menue, à l’apparence fragile. Servante aventureuse, ou piège subtil? Allez savoir. Toujours était-il, une curiosité certain se décelait dans son regard d’acier. Sur certains points, ils se seraient presque ressemblé. Leur peau grise, leurs longs cheveux de jais. Si la couleur de leurs iris – tout aussi surnaturels l’un que l’autre, pourtant – et leur taille étaient manifestement différents, ils auraient malgré tout peut-être pu être confondus pour les membres d’une même famille. Si ce n’était d’une même espèce obscure et mystique.

Sortant de ses réflexions, il penche la tête, son sempiternel sourire collé aux lèvres. Oui, cette petite chose l’intriguait.

« Deux statues grises sous les lueurs de l’aube. Quelle danse curieuse peut bien mener à une telle fresque? »

Quelle nouvelle mélodie vient avec toi, petite chose?


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Message Re: Jardin secret [PV Esther - Début Février 553]   Jardin secret [PV Esther - Début Février 553] EmptyDim 2 Aoû - 10:33
Dans un tressaillement, Esther éprouvait avec stupeur ce claquement de langue. Un instant… cette statue venait de bouger ? Se figeant par instinct, l’Araignée voyait la tête de cette chose se tourner lentement en sa direction. Non… c’était en vie ? Et son attitude… Il donnait l’impression d’un serpent jouant avec sa proie. Rien de très rassurant, en outre. Que leurs pupilles se rencontrent, la fillette se crispait dans un sourire bête. Immobile, elle le laissait approcher son doigt qui venait soulever son menton, avant de se prêter à des remarques un poil bizarres. Il fallait attendre la pichenette pour débloquer son expression qui traduit fugacement une grimace endolorie, même si la surprise avait plus à voir avec cette moue que la douleur. C’est que ce colosse semblait accorder une attention particulière à ne pas faire de gestes trop brusques, quand bien même son rire gutturale renfermait une sauvagerie domptée.

Désarçonnée, la Tarentule ne savait pas vraiment comment réagir alors que ce machin la détaillait du regard. Devait-elle crier ? Déguerpir ? Menacer de le cafter à son patron s’il faisait mine de lui faire mal ? Le supplier ? Pleurer ? À vrai dire, ses pensées en l’instant étaient les plus désordonnées, impuissantes à se mettre en cohérence pour fournir une réponse appropriée au danger qui la menaçait. Cette peur primitive qui part de l’estomac, pour paralyser la mâchoire et contraindre le gibier à se figer, se faire tout petit, avec l’espérance naïve de disparaître du champ de vision du carnivore. Oui, autant d’éléments qui engourdissaient la silhouette fluette de la fillette tandis que son interlocuteur dominait la conversation par sa seule stature imposante.

Seulement, avec les secondes défilantes, la menace passive de cette créature prenait un caractère plus ambigu. Était-il vraiment menaçant, au final ? Cette lueur dans ses yeux monstrueux… quelque chose d’enfantin, qui lui était familier. De la curiosité ? Juste ça ? Incapable de s’en assurer en l’état, son mécanisme de défense se dessinait doucement. Entrer dans son jeu. Passer pour un meilleur divertissement que repas. En parallèle, les travailleurs au niveau de la Citadelle avaient cessé de bouger. Comme des somnambules et sans donner le moindre indice pour justifier ce comportement soudain. La marionnettiste quant à elle se détendait, consciente que ces moments ne pardonnaient pas l’hésitation. Ainsi céda-t-elle à l’effronterie d’une pichenette rendue sur le nez de ce géant.

– Mais pour danser, faudrait encore qu'il y ait de la musique ! Autrement…

Grimpant plus haut sur l’épaule de ce colosse, la fille d’Arachné cherchait à se mettre debout dessus. Chose qu’elle parvint à faire rapidement, tournant sur elle-même d’un mouvement faussement agile qui lui faisait en vérité perdre l’équilibre.

– Ah !

Maladroite, elle chancelait sur le côté, sur le point de tomber piteusement au sol, devant son nouvel interlocuteur. Et à cette hauteur, elle pouvait bien se faire mal. Pas athlétique pour un sou, elle savait au moins comment attirer l’attention, ce qui ne manquait pas d’ironie au jugé de son talent particulier dont cette chose ne paraissait pas étrangère. Et peu importe comment il y réagirait, l’Araignée s’amusait dans le même temps à manipuler les mouvements de ses ouvriers pour les faire emprunter à tous une pareille étourderie, chacun tournoyant pour à terme tomber au sol dans un mouvement de danse maladroit. Oui, vraiment, sans musique, c’était pas naturel de danser.


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Message Re: Jardin secret [PV Esther - Début Février 553]   Jardin secret [PV Esther - Début Février 553] EmptyDim 30 Aoû - 1:17
Que voilà une petite créature curieuse.

Tout chez elle suscitait une nouvelle interrogation à mesure que les secondes passaient. Sa taille si menue, ses airs enfantins et inoffensifs. La peau grise charbonneuse, qui devenait curieusement une chose de plus en plus courante semblait-il, depuis qu'il avait fait son arrivée en ces lieux. Parmi ces gens. Et son regard, deux pierres d'ambre vives où s'enchaînaient les émotions et les pensées qui la troublaient. Si l'air qui l'accompagnait était digne de la plus fine et discrète des mélodies, à peine un bruit de fond, ce qui se passait à l'intérieur de son crâne semblait davantage s'apparenter à un crescendo rapide et nerveux. Et depuis sa posture, immobile, il voyait tout.

La surprise, devant son introduction. La crainte, devant son apparence et son comportement. Le doute, devant ses actions. Rien de très surprenant ou nouveau, à dire vrai. Il avait entendu ce refrain tellement de fois, maintenant. La plainte mélodieuse d’une proie qui sent le danger, qui réalise peu à peu la précarité d’une situation qui avait mené devant… lui. Il s’y attendait, maintenant. Il en avait l’habitude. Et il ignorait tout, depuis qu’il avait compris que ce qui comptait réellement était ce qui venait par la suite. Certains fuyaient, certains s’effondraient, certains le défiaient, certains l’amadouaient… la réaction devant la menace était ce qui permettait de réellement connaitre le caractère d’un individu. C’était ce que l’expérience lui avait appris.

Et la lueur qu’il avait vu passer dans le regard de cette petite lui donnait toutes les raisons de faire perdurer son sourire.

La peur avait cédé la place à une attitude espiègle, légèrement crâneuse. Une pichenette rendue, un commentaire rapide, et la voilà qui se déplaçait librement, retrouvant le chemin de ses épaules avec un pas leste. Cette petite chose avait la science de l’escalade et du funambulisme, il semblait bien. Chaque pas qu’elle posait s’accompagnait d’une note douce, et il observait avec curiosité son ascension. Ses paroles l’intriguaient. ‘’Danser sa musique’’. Dur de savoir si cette citation partait d’un manque d’imagination ou d’une bête envie de lui lancer une pique. Qu’importe, ultimement ; il se savait fin professeur, et il pourrait apprendre la cadence à cette petite créature s’il s’en sentait l’idée.

Et au-delà de l’idée… parfois le destin rend les choses aisées par lui-même. Sans même qu’on ait à demander. La fillette avait grimpé sur son épaule. La fillette avait grimpé sur son épaule. La fillette s’était redressée sur son épaule… et tombait de son épaule. Une fin bien triste pour une si glorieuse ascension. Mais qu’à cela ne tienne. D’un mouvement vif, comme si la chose était tout à fait naturelle, la massive silhouette du colosse gris tournoie sur elle-même, provoquant un courant d’air. Ses vêtements volent un instant, rendant ses mouvements flous. Et quand la scène se découvre, le voilà penché, dans une posture digne des grands artistes danseurs de ce monde, retenant fermement la fillette maladroite – ou l’était-elle réellement? – de la paume de sa main gauche dans son dos. Un esprit mal tourné aurait presque pu imaginer un contexte romantique à cette posture.

Avec beaucoup, beaucoup d’imagination malsaine.

« La musique ne vient pas que des instruments. » Son expression était éternelle, son sourire aux dents acérées inchangé. Une lueur d’amusement semblait briller dans son regard. « Elle est partout autour de nous… que ce soit le battement de notre propre sang… » Un doigt griffu pointe son large torse. « …le capharnaüm de notre esprit… » Le doigt remonte sur sa tempe, alors que la main retenant la fillette s’abaisse pour lui permettre de retrouver pied sur le sol. Le colosse se redresse, prenant un instant, les yeux à demi-fermés, pour apprécier une brise qui traverse les pics rocheux. « ou le sifflement du vent. »

Un instant se fige, quelques secondes s’écoulent. Et le moment est terminé. Son regard métallique se repose sur la petite chose devant lui, qu’il rejoint rapidement en s’accroupissant d’un geste fluide. Son visage s’avance, à la limite de devenir ce qui pourrait être considéré par beaucoup comme une légère invasion de l’espace privé dû à chacun. Elle l’intriguait. Quelque chose se dissimulait dans sa façon de parler, de bouger. D’être. Comme une pièce de théâtre interactive, qui évoluait sans cesse. Il était curieux de voir jusqu’où la chose allait.

Mais avant ça, une nouvelle pichenette sur le front pour ponctuer la discussion. Pourquoi pas.

« Il faut savoir écouter le monde. Car il n’arrête jamais de jouer sa chanson. »

Une intensité passagère dans son regard. Il détaillait rarement ce genre de conviction qui était la sienne. Il avait rarement l’occasion de détailler de façon intelligible et sensée, à vrai dire. Bientôt, les sons s’intensifieraient. La musique deviendrait de nouveau forte, prenante, imposant son tempo et envahissant son esprit.

Il profiterait de l’introduction avec quelqu’un d’autre, pour une fois.


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