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 [Début Avril 553] Cache l'amertume derrière la colère : montre la haine, plutôt que la faiblesse [Pv Rowena]

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RowenaRowenaArmure :
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C’est difficile, replonger dans les souvenirs qu’elle avait murés au plus profond de son cœur. Si la plaie de sa douleur ne s’était jamais totalement refermée, y repenser ne fait qu’ouvrir un peu plus les coutures qu’elle avait tant bien que mal filées avec une aiguille chauffée à blanc. C’est un flot sanglant qui se déverse, qui submergent les pensées en une rivière de larmes sur ses joues. C’est pourtant bien silencieux, une fois les quelques mots lâchés. C’est tendu dans l’air également, elle le sait. Elle n’a pas besoin de croiser les yeux de Zvezdan – oserait-elle désormais ? – qu’elle perçoit la tension qui passe dans les muscles de ses bras. Quelque chose qui regorge de sentiments forts et contenus mais qu’il n’exprime pas. Il n’y a qu’elle qui tranche le silence par les saccades faibles de sa respiration. Il n’y a qu’elle qui fait vibrer l’air par les tremblements de son corps. Il n’y a qu’elle qui à froid jusqu’à en avoir la chair de poule sur sa peau.

Elle n’attend rien de Zvezdan, croit-elle, mais une part d’elle désespère de l’entendre dire quelque chose. Faire quelque chose. Elle ne croit pas au rejet, après tout ce qu’il lui a dit, les promesses de toujours la tenir contre lui et ne pas la laisser partir, mais elle attend. Une crainte qui la prend aux trippes et qui fait grandir une boule au fond de sa gorge. Si elle voulait seulement parler pour dire quelque chose, elle est presque certaine que sa voix lui ferait défaut.

Elle n’attend rien, sinon plus de chaleur et de réconfort qu’elle n’ose se l’avouer.

Il est long ce silence. Même quelques secondes paraissent des heures dans ces instants-là.

Et puis elle est de nouveau là, cette douce étreinte attendue. Cette chaleur désirée. Ce soutien qu’elle ignorait tant lui manquer. Lovée dans le creux de son cou, elle se cache pour plus de sanglots silencieux qui coulent sur ses joues. Une respiration chaude qui frappe la peau sombre et des larmes salées qui glissent sur lui. Elle se détend à la main qui lui caresse doucement le cuir chevelu comme on le ferait à un enfant en détresse. Et si elle s’était vue si lâche à la faiblesse, elle aurait certainement été mortifiée de toute cette situation. Mais entre ces bras qui la tiennent solidement, elle n’y pense même pas.

En vérité, elle n’aimerait penser qu’à l’instant présent, à ces douces attentions qui veulent éloigner les sombres souvenirs. Ce serait si bien, si elle pouvait y parvenir…

Mais ce n’est pas si simple.

Pas sa faute dit-il ? Qui sait, il n’était pas là à l’époque pour juger de la situation complexe. Qui sait, peut-être qu’il a raison et qu’elle porte un trop plein de culpabilité sur les épaules. Mais elle ne parvient pas à y croire, malgré toute sa bonne volonté. Elle aurait dû savoir qu’elle ne pouvait pas abandonner les siens sans en craindre les conséquences. Son erreur, peut-être, avait été de revenir et de faire cette folle promesse. Comme elle le regrette, aujourd’hui. Toujours blotti contre lui, les yeux fixant un grain plus sombre sur la peau de Zvezdan, elle n’a pas vraiment de réponse à lui donner. Quelque chose lui vient, une simple phrase qu’elle accompagnerait d’un haussement d’épaule si sa position lui avait permise : « Ça doit l’être, d’une façon ou d’une autre. » Après tout, l’on ne servait pas les dieux sans faire de sacrifices. Et bien qu’elle perçût un peu plus dans les mots du Berserker une amertume et une colère marquées pour les dieux, Rowena ne pouvait pas prétendre partager cette même opinion. Plus que haïr les dieux, elle les craignait certainement.

Jamais eu le choix ? Une seconde, les paroles font travailler ses pensées.

Pas le choix… ?

***
Les mots sont peut-être un peu forts, mais il n’a pas tort. Après tout, qu’avais-tu connu d’autre à l’époque que les murs de cette Tour ? Que savais-tu de l’extérieur à part ce que l’on te racontait et les visions que le divin t’offrait ? Tu n’as pas de souvenirs d’enfance qui ne sont pas sur le marbre parfait des temples d’Apollon à l’ancienne Tour des vents. Tu n’as pas de souvenirs d’une famille, d’un père ou d’une mère, de frères ou de sœurs. On ne t’a jamais rien dit, et tu avais assez d’attention et de serviteurs autour de toi pour tenir éloigner ce manque de ton cœur. Tu avais la chance d’avoir reçu un don pour voir quelques brides de l’avenir, éclipsant pour toi tout autre désir d’un extérieur. Être un oracle, le devenir, c’était tout ce que tu pouvais souhaiter aspirer. Et même là, tu as simplement été ordonnée de rester à la Tour.

Encore ces murs aux sculptures superbes qui devenaient sans saveur.

Encore ces mêmes visages et ces mêmes discours tout autour de toi.

Encore cette même routine, ces mêmes visions et ces morts que tu ne connaissais pas.

Pourtant, cela n’aurait pas été un problème, si tu n’avais pas eu conscience que tu pouvais aspirer à plus.

C’est ce qu’il t’a apporté. Une petite lumière nouvelle te guidant vers les contours de la cage où tu ignorais vivre. C’est ce qu’il t’a fait goûter, les plaisirs de l’extérieur et d’un monde plus grand, plus vaste, moins parfait. C’est ce qu’il t’a appris, vivre et découvrir, aimer même.

Et c’est ce qu’il t’a enlevé, quand il est parti en ayant tout détruit sur son passage.

Tu as eu le choix, avaient-ils tous dit. Le choix de faire cesser cette insistance auprès de toi. Le choix de ne pas tout abandonner pour lui. Le choix de ne pas donner plus que des baisers chastes et naïfs… Si elle avait seulement su que tout ça existait avant.


***
Elle se resserre un peu contre lui, mal à l’aise et incertaine de ce qui va passer sa bouche. Pourtant, elle fini par souffler dans son cou, non loin de son oreille :

« Je ne savais pas qu’il me manquait quelque chose, avant qu’il ne me le donne, c’est vrai… mais j’aurais dû être plus sage… » Mais elle ne l’avait pas été car elle aspirait à cette nouveauté. A cette lumière en réalité flamme qui lui avait finalement brulé les ailes. Elle sait qu’elle devrait sans doute être plus tendre avec elle-même, mais il y a longtemps que c’est une chose difficile à réaliser pour son esprit. Elle se redresse finalement un peu, quittant la protection de la proximité de Zvezdan pour pouvoir un peu mieux l’observer. Se trompe-t-il ? En un sens, non, et la réponse se lit dans ses yeux bleus qui scrutent les noires pupilles, attendant la suite. Les larmes se sont calmées bien sûr, ne laissant qu’un blanc rougit et fatigué, mais elle n’en est pas moins attentive. Il l’a fait replonger dans ses souvenirs – car il méritait de savoir – et maintenant il la fait réfléchir sur tout ça. Elle n’est pas sûre d’en vouloir encore, de cet avis qui pourrait aviver un peu plus la douleur. Pourtant elle est là, gardant la force de cette étreinte sur elle sans vouloir s’en échapper.

Encore cette colère grondante, cette haine couvée et maitrisée qui n’apparait que dans le sifflement de sa voix. Elle devrait le lui demander, un jour, pourquoi toute cette colère. Elle a quelques idées, quelques pensées à ce sujet, mais elle n’est pas du genre à supposer inutilement. Elle lui demandera un jour. Quand ils auront eu le temps d’apaiser ces instants qui les brûle encore. Derrière toutes ces pensées, un soupir qui passe ses lèvres, un quelque chose de désolé, quand elle l’observe directement dans les yeux. Pas de reproches à ses suppositions non, car il a raison à bien des égards. Mais une conclusion qu’elle ne peut pas lui donner. Là-dessus hélas, il n’est pas le vainqueur. « Je crains que nous ne soyons pas seulement dans ton monde, Zvezdan. Même si j’aurais aimé l’être à l’époque. » Maigre sourire qui renait sur ses lèvres, une courbe sans joie qui ne brille pas dans son regard. Doucement, une main qui vient trouver la peau douce d’une joue, des doigts qui caressent de leur pulpe avec une tendresse sincère. « Un jour, tu me diras à quoi cela ressemble ? » Ce monde où être humain ne devrait pas être une faute. Ce monde où elle n’a pas vraiment beaucoup vécu, en vérité.

« Je ne l’ai pas oublié non plus. Je le veux toujours autant, si ce n’est plus encore qu’avant. Pas seulement Rome ou cette région. J’aimerais voir plus. La mer, les déserts… Carthage peut-être, si tu le veux ? » Maintenant que ce n’est plus seulement seule, à découvrir ce monde. Maintenant que ce n’est plus seulement deux connaissances à partager des visites. Maintenant qu’ils sont un nous pour partager d’autres moments d’oublis. Un nous qu’elle espère ne pas devenir encore un « moi », seul et solitaire, abandonné par la trahison ou la mort d’un compagnon. Mais elle ne veut pas y penser, et elle repose alors son visage sur le torse du Berserker. Pas encore vraiment détendue, les souvenirs loin de retourner dans l’antre fermée de son cœur, mais au moins il y a toujours ces bras sur elle. Elle respire profondément, quand elle reprend la parole : « J’y pense toujours, parfois. Tout abandonner encore je veux dire. Mais j’ai trop peur de tout gâcher à nouveau, de rendre tout ça… vain. Mais c’est souvent si fatigant. Si dénué de sens… » Être un pion sur l’échiquier. Le mot était juste, simplement manipulé comme une marionnette au bon vouloir des dieux. Pourtant, la crainte continue de la faire servir Apollon, tout comme ses croyances qui malgré tout demeure en elle. Mais elle doit bien avouer que depuis la chute de la Tour, bien des choses ont changées… « Et toi, tu y as déjà pensé ? »
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Arrête de pleurer, s'il-te-plaît.

Une part égoïste de moi a envie de te le dire. Parce que ça m'enrage, de te voir comme ça. De te sentir contre moi, de sentir cette détresse. Ça m'enrage d'autant plus que j'en suis l'origine. C'est moi qui t'ait demandé de déterrer ce passé sombre. C'est moi qui te partage cette colère malgré moi. Et je sais qu'elle n'arrange rien.

Pleure pas à cause de moi, s'il-te-plaît.

égoïste, oui. Alors je ne te le dis pas. Je te serre simplement plus fort contre moi. Je te dis mes mots, je te donne ma peau, puis te prête mon oreille. J'écoute.

Tais-toi.

J'ai envie de te le dire, là aussi. Une part courroucée de moi a envie de te le dire. Un sale mélange de fureur et de mal-être. « ça doit l'être », me dis-tu ? Ça doit être de ta faute ? C'est ça, ce qu'ils veulent ? C'est ça, ce qu'ils ont fini par te faire penser ?
Je sais ce que c'est, tu sais. Quand tu as tellement sacrifié que tu n'as pas le luxe de revenir en arrière. Quand douter, c'est souffrir encore plus. Quand se remettre en question, ça serait remettre en question des années de vie, des monts de décision terrible.
J'y pense, parfois. Aux décisions du passé. Le pire, ce ne sont pas les erreurs. Ce sont les choix regrettés à retardement.

Je sais que c'est difficile. Douloureux. Mais je te dis quand même mes mots. Je te dis ma vision : celle d'un homme qui t'a offert une fenêtre vers un inconnu sucré. Celle d'une fenêtre à laquelle tout le monde se serait penché, s'ils avaient vécu une vie dans une pièce sans ouverture, dans quatre murs qui ne bougent pas. De jolis murs, mais des murs quand même.

Peut-être que j'aurais dû être plus sage moi aussi, plusieurs fois.
Mais je ne l'ai as été.

Je capte ton regard, quand tu te redresses. Du bout du pouce, je sèche le sillon de tes larmes, dépose une caresse répétitive sur ta joue. Je plonge dans le bleu de tes yeux, et je te le dis, d'une voix basse.

- Tu aurais dû être plus libre. Si l'on t'avait donné une maison plutôt qu'une cage, peut-être que tu n'aurais jamais pensé à t'en enfuir. Un mince sourire. Tu sais... Je comprends mieux maintenant. Ce que ça représente pour toi, de... une pause. D'avoir manqué de sagesse avec moi.

Un rapprochement. Un baiser sur ton front, sur ton nez, puis sur tes lèvres. Et là, proche de toi, un murmure.

- Merci.

Merci d'ouvrir ce cœur qu'on t'a blessé la dernière fois que tu l'as dévoilé.
Merci d'oser là où tu as souffert la dernière fois que tu l'as fait.
Merci de me faire assez confiance pour croire en nous. Au mépris de cette foutue Sagesse.


Habitue-toi, Rowena. Puisque si, tu es dans mon monde, maintenant. Et tu ne fais que commencer à comprendre ce que ça implique. Alors... Alors quand tu me dis ça, je souris. Un sourire étrange. Un amusement, mais aussi... Autre chose.

- Mieux. Je te montrerai.

Je te montrerai un monde où nous ne seront plus des Pions. Tu auras la meilleure vue, depuis les appartements de l'architecte.
Mon regard revient chercher le tiens. Une drôle d'intensité dans le fond de mes yeux. Voir l'ici et l'ailleurs, la mer et les déserts. Et Carthage. Je te fixe un instant, comme ça, sans rien dire. Puis je souris. Un sincère sourire.

- Avec plaisir.

J'ai mes propres projets vis-à-vis de Carthage. À ceux-là, je peux bien ajouter quelques journées avec toi à mon bras dans ses rues.
Pour le moment, je me contente de toi dans mes draps, tête reposée sur mon torse. Je me contente de ce silence plus paisible... Jusqu'à ce que tu lances ces mots. Que je t'avise un instant, puis... Puis que mon dos se relâche, que mon regard va chercher le plafond. Une main derrière la tête, une autre qui te caresse, je regarde ce Rien. Je pense. Puis je ris.

- J'y pense beaucoup, là maintenant.

Un rire court, mais franc. Puis un autre silence. D'autres pensées... Quelque chose de plus sérieux sur mes traits.

- Je n'ai pas suivi Arès parce que je crois en quelque chose de plus grand. En une grande philosophie, un plan pour les hommes, que sais-je. Je l'ai suivi parce qu'il me donnait les moyens pour mener à bien une vengeance qu'un seul homme ne pourrait espérer mener. Tu ne fais pas tomber l'Empire tout seul. Tu ne vaincs pas les Saints tout seul. Tu ne traînes pas Athéna dans la boue tout seul. Toujours, yeux fixe au plafond. Toujours, un visage concentré. Fermé, presque. Vengeance. Il ne s'est jamais agit de quoique ce soit d'autre que ça, finalement.

ça n'a jamais été aussi simple que ça.

- J'ai tué un Pope nommé Bélisaire. Le même nom que celui qui a pris Carthage. La même famille. J'ai aimé le tuer, mais je ne me suis pas senti... Plein. Ça n'a pas comblé de trou. Ça n'a pas ramené de morts.

ça n'a pas fait grand chose, en fait.

- J'ai fait beaucoup, pour cette quête vengeresse. Et je n'ai pas fini de faire beaucoup. Mais... Mais des fois, je suis fatigué. Des fois, c'est tellement.. Vain, comme tu dis. Un rire. Amer, cette fois. Je suis un outil pour Arès. Il est un outil pour moi. Il est l'instrument de ma vengeance, je suis l'instrument de sa Guerre.
Mais parfois, quand je m'autorise quelques jours d'une vie normale, Guerre et Vengeance paraissent très lointains.


Terriblement lointains. Surtout avec toi.

- Alors oui. J'y pense. Mais j'ai trop sacrifié pour arrêter là. J'ai trop coléré pour laisser tomber. J'ai encore trop de cette haine pour simplement laisser couler. J'ai peut-être... Changé un peu, avec le temps. Mais la base reste là.

Je me rappelle bien, oui.

- J'ai appris à haïr les joueurs au-dessus du plateau plutôt que les pions.

Tu sais que tu t'es entichée d'un fou, Rowena ?
Ultimement, je cache des ambitions folles. Insensées. Suicidaires. Est-ce qu'elles survivront ? Va savoir.

- J'y ai pensé, oui. Mais je n'abandonnerai pas. Je préfère... Continuer mon petit jeu de funambule. Vivre pour ça, mais aussi vivre pour moi. Un regard. Et pour toi aussi, maintenant.
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Une maison plutôt qu’une cage. Les choses auraient certainement été plus simples si elles avaient été ainsi, mais ce n’était pas le cas. Cette part d’elle, la plus grande hélas, défendant ce qui lui est arrivé chuchote la chance d’avoir eu un toit où grandir, un endroit où vivre. La chance de ne pas finir dans les rues sombres et boueuses de Rome, ignorant tout de sa naissance. Elle était si jeune lorsqu’elle avait mis les pieds sur le marbre blanc de la Tour des Vents, mais quel genre d’enfant avait-elle été ? Une orpheline trouvée sur le parvis abandonné d’un lieu à la gloire du divin Apollon ? Une enfant abandonnée par ses parents pour subvenir à d’autres problèmes plus urgents ? Pire encore ?

Jamais elle n’y avait réellement songé, et aujourd’hui cela lui importait peu. Sa vie avait été entre les murs – la cage – de la Tour, et rien de plus.

Une maison plutôt qu’une cage, oui, mais la cage avait été sa maison.

Et même si elle n’envie aucunement d’y retourner aujourd’hui, de découvrir le nouveau domaine des Oracles qu’elle a aidé à rebâtir, elle ne peut pas tellement en vouloir au passé qu’on lui à offert.

Et pourtant, derrière cette petite voix têtue et obtuse, cela lui fait tant de bien d’entendre les mots de Zvezdan. Croire, quelques instants au moins, qu’elle n’est pas l’entière coupable de ce qu’il s’est passé. Que les choses auraient pu être très différentes si à l’époque ont l’avait aidé et pas simplement façonnée à suivre un dogme sans lui montrer un soupçon de l’extérieur. Lui apprendre à vivre plutôt qu’à observer. Cela réchauffe terriblement son cœur abimé, que d’entendre cette défense qu’elle ose écouter et croire un peu. Cela calme la tension dans ses muscles, fait s’effacer les dernières larmes qui naissaient dans ses yeux. Cela fait du bien, et elle se fond dans tous les contacts qu’il lui donner. Ces baisers éparpillés sur son visage qui ne sont que douceur pour rassurer, flamme pour consoler. Les yeux fermés, elle se laisse bercer par le murmure de sa voix à son oreille, jusqu’à ce remerciement qui lui fait doucement rouvrir les paupières. Un souffle dans sa gorge, une émotion dans les prunelles, elle lève ses mains vers son visage, une de chaque côté pour attirer à elle ses lèvres. Un baiser tendre, accompagné d’une myriade de sensations qu’elle veut lui offrir. Cela dure quelques secondes avant qu’elle ne se détache, dépose son front contre le sien pour reposer ses yeux sur lui.

« Je t’aime. » Elle murmure à son tour tout contre lui. Des mots qu’elle n’a pas de mal à lui répéter maintenant, qui allègent même son cœur douloureux. « Et je ne regrette pas. » Une confiance assurée qui éclate dans le bleu de ses prunelles et dans les tonalités de sa voix, passant outre les tristes sentiments qui l’on accablés il y a quelques minutes. S’il y a une certitude dans tout cela – peut-être un peu naïve – c’est qu’elle aime Zvezdan et que malgré les souvenirs qui font mal, cela n’a pas changé. Ouvrir cette plaie, rappeler combien elle a fait des erreurs ne changera pas ça.

Que malgré les incertitudes de l’avenir, ils ne seront pas tout seuls à les affronter.
Que tout n’est pas teinté de noirceur sur le divin échiquier, et que les pions peuvent encore se prendre à rêver. Du moment que ce n’est pas sans tenir la main de l’autre, ils pourront tenir sur l’équilibre précaire de ces deux existences difficiles à mener.

« Je suis impatiente de voir ça. » Une réponse donnée aussi bien pour ce monde qu’il cherche à lui faire découvrir, utopie peut-être, bâtie de ses mains mais qu’elle ose imagine ; qu’à ces voyages plus terre à terre qu’ils se sont promis de faire. Ces petites bulles qu’ils vont construire et entretenir, loin de tout le reste, pour se permettre de respirer. Pour ne pas totalement oublier ce qui fait d’eux des humains.

A défaut de pouvoir tout abandonner sans jeter un regard en arrière.

Ils y pensent beaucoup maintenant, tous les deux. Tout en sachant combien c’est chose impossible.

Lovée contre lui, c’est attentivement que Rowena l’écoute, et qu’à chaque mot, elle perçoit toute la similitude de ces choix que l’on ne peut plus rattraper, ces décisions irrévocables prises et les tournants d’une vie qu’il serait trop douloureux de reprendre. Elle le comprend, dans une certaine mesure, lui dans sa colère, elle dans son désespoir. Il leur serait impossible de jeter quoique ce soit sans pouvoir regarder en arrière ce qui a été sacrifié. Des milliers de vies et du sang d’un côté, des années de guerre et de lutte dans la haine et la vengeance. Et plusieurs vies de solitude, de culpabilité, de perte de sa chair de l’autre. Des douleurs qui se portent aujourd’hui comme des cicatrices qui jamais ne partiront. Tout ce qu’ils peuvent faire aujourd’hui, c’est les apaiser pour un temps.

Il y a bien des choses dans ce discours qui pourtant la font tiquer. Rien qu’elle n’a pas noté déjà auparavant, cette rancœur pas seulement pour les Hommes, mais surtout pour les dieux. Une vengeance allant bien plus loin que ce qu’un simple mortel pourrait faire. Alors quelqu’un choisi des dieux ? Un frisson lui remonte le dos, quelque chose entre peur et appréhension, mais pas envers celui qui dit les mots. Plus une crainte pour lui, pour ces blasphèmes prononcés et cette colère qui pourrait lui coûter plus que la vie. Mais il le sait sans doute déjà. Et la colère n’a jamais été un moteur très réfléchi.

Pas une parole pendant quelques secondes. Comme lui, elle perd son regard vers les murs dénudés de la chambre, ne cherchant rien de spécifique sur lequel s’arrêter.

« Je te comprends. » Un silence, une réflexion avant de reprendre. « Je devrais certainement te faire le discours que la vengeance et la destruction ne mèneront à rien, ne ramèneront pas ce qui a été perdu ni ne combleront les manques, mais tu le sais déjà. » Doucement, les doigts viennent caresser avec tendresse et soutien, des mouvements indistincts et sans but sur le torse où sa tête et une main reposent. « Et je comprends oui. Ça fait mal de regarder en arrière tout ce qui a été donné pour une cause, que ce soit la vengeance ou un serment. Alors… c’est bien, si parfois nous jouons les égoïstes simplement pour nous. Abandonner est trop dur, mais oublier, pour quelque temps, nous pouvons le faire. Je serais ton autre part du funambule pour équilibrer la partie. Je serais là. » Les yeux remontent vers lui, avisent son regard et un petit sourit renait sur ses lèvres. Quelque chose d’agréable. Elle lui a promis, et elle le promettrait encore : elle serait là, malgré les éclats de violence qui arriveront inévitablement, malgré la guerre et la vengeance. Elle serait là pour attraper au vol la chute du fil s’il le faut, et le remettre sur cet équilibre dangereux. « Que vas-tu faire de toute cette haine pour… Eux ? Les Joueurs ? » Une inquiétude grandit un peu dans ses yeux. A nouveau cette peur pour lui plus que pour cette folie.
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Si tu m'avais dit que j'y serais.

Si tu m'avais dit que je serais là, dans ce lit, quelqu'un qui partage plus que ma nuit avec moi. Si tu m'avais dit que j'aurais quelqu'un comme ça, capable de m'apaiser si aisément juste en m'offrant ses lèvres le temps d'un baiser... Je ne t'aurais pas cru.

Et pourtant. Pourtant, je me sens si léger, quand tu me réponds comme ça.

Le poids des doutes. Des colères. Des regrets. De toutes ces choses Partiellemens remontées par la conversation. Tout ça qui s'envole, juste le temps d'une embrassade, et de quelques mots échangés. Un sourire, un soufflement de nez, je te donne un regard qui pétille.

- T'as intérêt à pas regretter.

Un ton complice, une fausse indignation dans la voix, Une main qui caresse dans ton cou, un songe. Oui, je te montrerai. Je te montrerai ce monde dont je parle. Promis. C'est bien utopique, à plusieurs niveaux... Affronter les Dieux, même indirectement, c'est bien hasardeux. Mais ? Mais ce que je retiens, c'est que les mythes parlent de mortels condamnés pour leur hubris d'avoir voulu défier les Dieux, mais que quelques rares autres parlent de mortels qui arrivent à arracher la victoire...
J'ai dans l'idée d'ajouter à ces mythes-ci. En plus grand volume. Il faudra au moins ça pour te monter ce fameux monde dont je parle.

Enfin... Commençons modeste : commençons petites virées et voyages, d'abord, hm ? Il ne s'agirait pas de brûler les étapes.

- Hmmm, si tu es tant tiraillée par l'impatience, je pourrais peut-être m'arranger pour te trouver un créneau sur mon emploi du temps d'Empereur pour une petite sortie en amoureux d'ici peu...

Sortie en amoureux. Les mots sonnent étranges à dire. Pas désagréable, tout l'inverse. Mais... étranges.Pourtant, ça ne m'empêche pas de te lancer la proposition sur ce ton espiègle, de t'aviser de ce regard malicieux. Quelque chose qui change, après... Quand tu me demandes, si j'y pense parfois. Tout abandonner...

Tu demandes, alors je réponds. Et j'ai peur de ce que tu peux penser, en partie. Que tu prennes peur. Je recèle d'encore quelques secrets, quelques surprises pour toi, Rowena. Et toutes ne seront pas plaisantes. J'ai... J'espère n'en avoir aucun qui te fera reculer.
Avouer à demi-mot sa volonté de s'opposer aux Dieux, ça pourrait en affoler plus d'un. Qui plus est parmi les éveillés.

Mais ta réponse, ce n'est pas une réponse comme ça. J'écoute, et comme un soulagement. Un doux rire, quand j'entends la suite.

- Je le sais déjà.

Désabusé, mais pris par un amusement étrange, je me détends au rythme des caresses, au son de ta voix. À la douceur des mots, aussi. C'est doux, ce que ces mots me font miroiter. être égoïste avec toi. Je vais chercher ton regard, à ce moment. Je te rends ton sourire, une reconnaissance silencieuse dans l'attitude. Rien qui ne passe par les mots... Jusqu'à ce que tu me poses la question. Et celle là, je ne peux pas y répondre sans mots. Celle-là...

C'est compliqué.

Mon expression se fait plus fermée. Plus songeuse. Quelques secondes de silence, pas tant pour trouver ma pensée que pourr choisir mes mots...

- Je ne sais pas. Non, la réflexion n'a pas été très fructuante. ça sonne facile dans ma tête, parfois. Me dire qu'ils n'étaient que des pions. Me dire que le vrai ennemi est plus haut. Mais... Mais c'est difficile de totalement mettre de côté... ça. Mon peuple a été quasi exterminé par un autre. C'est la réalité terre-à-terre de ce qui s'est passé.

Yeux au plafond, je caresse ton épaule machinalement.

- Il n'y a pas quelques mois de ça, j'en parlais. Constantinople. Je me posais la question « La brûler, ou réduire la population en esclavage ? Quoi de mieux à faire? Une pause mes yeux qui se ferment. Aujourd'hui... Je crois que je continue de me poser la question. Mais aujourd'hui, je doute, aussi. Tseh. C'est épuisant, de douter.

Tout est tellement plus simple, quand on ne se pose pas de questions. Hélas : je suis quelqu'un qui aime se poser des questions.

- C'était plus facile d'être une boule de haine qui ne voit pas plus loin que le bout de sa colère. D'être vengeur, d'avancer sans se poser de question et surtout sans se remettre en question. Tseh, écoute-moi parler comme un vieil homme, maintenant...

Je secoue la tête. Puis, mon visage se tourne vers toi. Je vais chercher tes yeux.

- Sûrement que j'aurais une réponse différente si tu me redemandes la même chose d'ici quelques mois. D'ici là... Je crois que je vais me contenter d'une nuit paisible en squattant tes draps Un sourire. Si tu le permets, bien sûr.

Après tout, Dame Ambassadrice est ici chez elle.
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Le regret ne semble en ce moment pas une option. Et en y pensant, elle ne peut que renvoyer à la complicité de Zvezdan qu’un sourire enchanteur et un lueur dans les yeux qui ne masque rien de sa sincérité. Non elle ne compte pas le faire et pour l’instant, la légèreté qui règne dans son coeur malgré les douloureux souvenirs qui ne cessent de le hanter semble être une bonne preuve. Il y a quelque chose à construire, entre tous les doutes, les peurs et les jeux divins sur lesquels ils évoluent tous deux. Des envies qui semblent peut-être naïve, improbables voire utopistes, mais qu’ils comptent bien s’assurer de mettre en oeuvre. En tout cas, le Cygne veut y croire, à ce sentiment égoïste de temps en temps, à ses côtés et dans ses bras. Pour se permettre d’oublier - comme ils l’ont fait à Camelot - le temps d’une soirée, d’un jour ou d’une nuit, et même tout cela à la fois.

C’est à la fois étourdissant et confortable, ce « en amoureux » qu’il prononce comme si de rien n’était. Un peu comme ces « je t’aime » prononcés entre deux souffles et des murmures, mais qui rendent chaque fois un peu plus vraie cette réalité. Quelque chose qui ancre l’esprit à cet instant précis et qui la fait sourire tendrement. Même si c’est voué à se plisser un peu sous ses propres questions et les mots qui les suivent. Abandonner un jour, voilà aussi une chose qui ne semble pas être une option. Là dessus, c’est une compréhension commune qu’ils ont, de toutes ces choses sacrifiées qui ne reviendront pas et qui sont trop dures à observer et faire face. Alors ça n’attend pas vraiment plus de mots, ils savent seulement ce qu’il en est, et qu’en l’instant, cela ne changerait pas.

Mais cela soulève cette nouvelle interrogation, mêlée aux craintes d’une ambition dangereuse. Assurément, Rowena ne veut pas croire qu’il joue sans savoir les risques, mais là aussi, bien des choses qu’elle ignore sans doute pèsent dans la balance. Alors elle demande, cette Haine en devenir, cet avenir incertain mais sinon plus douloureux que jamais. A demi mot, peut-être savoir d’où vient cette ire qui semble envelopper sa vengeance. Rien qu’elle n’appuierait plus en détail pour le moment. Tout ce qu’ils ont eu ce soir n’était qu’une balance d’émotion virevoltant entre l’amertume des retrouvailles, le miel d’un amour avoué, et la pourriture de souvenirs. Pas besoin d’y ajouter plus, pour l’instant du moins.

Ce qu’il dit est plus réfléchit qu’elle ne l’avait imaginé de prime abord. Une inquiétude de plus qui fait froncer les sourcils de l’oracle avec un soupçon d’inquiétude en plus. Réfléchit et pourtant imprécis, sans grande certitudes. Il y a des mots qui se bousculent à la bouche de Rowena, bien des choses qu’elle voudrait lui dire sur les bienfaits du doute, de la remise en question. Mais à quoi bon quand elle comprend aussi combien il serait plus tentant de prendre le chemin de la facilité. Couchée contre lui, elle le sent bouger doucement, la faisant relever les yeux vers lui. Un regard capté, une certaine compréhension - non moins tendue d’appréhension - brille dans les pupilles d’azur. Sa main continue cette caresse douce sur son corps, une présence rassurante en quelque sorte.

« Alors nous verrons peut-être cela dans quelques mois. » Ce n’est pas dit comme une promesse ou une assurance, car elle sait déjà que c’est un sujet complexe. Ce qui est une promesse cependant, c’est celle de lui dire si elle le voit changer, s’approcher trop près de cette haine destructrice et inhumaine, et ça elle ne compte pas l’oublier. D’ici là, elle pense qu’il y a le temps. « Et écoute moi vieil homme, s’il n’y avait pas de eu de doute ni remise en question, nous n’en serions peut-être pas là. Après tout, nous n’avons pas emprunté le chemin le plus facile non plus. » Celui-ci aurait été simplement de ne pas s’attacher, chacun revenir à sa vie et ses nuances de gris fades et ternes. Son ton reprend, plus léger et presque mutin : « Maintenant, mon lit, mes draps et mes bras sont tous à toi. » Une courbe sur ses lèvres, qui commence taquine pour s’adoucir avec sérénité. « Je pense que nous avons tous deux mérités de nous reposer avec tout ça. » Ses lèvres sur celles de Zvezdan achèvent sa phrase comme un point final. Il n’y a plus grand chose à dire, et ne reste plus que le repos paisible qu’ils peuvent s’accorder, essayant d’éloigner les dernières pensées parasites.

RP TERMINÉ
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